Le front montréalais du Front national

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Souverainiste et anti-mondialiste

À une semaine du premier tour de la présidentielle, la course se resserre et les électeurs sont plus courtisés que jamais. C'est aussi le cas des Français de Montréal, qui forment la plus grosse communauté d'électeurs hors Europe.
Avenue Papineau, dans le Plateau Mont-Royal, le soir du 1er avril dernier. Emmanuel Robert est venu à une soirée privée organisée par le Front national (FN) à Montréal avec sa compagne Mireille, une Québécoise qu'il a rencontrée ici.
Ancien élu municipal FN à Rosny-sous-Bois, en banlieue parisienne, Emmanuel Robert a quitté il y a 18 ans une France qu'il trouvait, dit-il, « déjà bien trop peuplée d'immigrés ».
Sa conjointe l'a accompagné ce soir par solidarité, mais aussi par curiosité. « Je ne partage pas du tout ses idées politiques, confie-t-elle. Moi, je n'ai aucun problème avec les femmes voilées dans les rues de Montréal, mais ça l'énerve quand je dis ça ! » Emmanuel n'a pas voté depuis qu'il a quitté l'Hexagone, en 1999. S'il est là ce soir, c'est qu'il sent que le FN a une réelle chance d'accéder au pouvoir cette fois-ci. Et il n'est pas le seul. Si Marine Le Pen est en tête des sondages en France depuis quelques mois, ses scores présumés chez les Français d'Amérique du Nord ont eux aussi doublé par rapport aux élections de 2012, la plaçant en troisième position des intentions de vote le mois dernier.
Denis Franceskin vit dans la région de New York. Ce trentenaire proche de « Marine », comme il aime à l'appeler, est le candidat aux législatives pour la circonscription Amérique du Nord (les législatives auront lieu un mois après la présidentielle).
Si ses chances de devenir député sont très faibles, il vient surtout pour maintenir l'engouement autour de la candidate du FN. Ce soir-là, il prêche à un auditoire d'une quarantaine de personnes convaincues que l'antisystème va l'emporter. « La honte doit changer de camp », déclare M. Franceskin. « Ce sont ceux qui votent depuis des décennies pour les partis qui nous ont mis dans la situation actuelle qui devraient avoir honte. »
Alexandre Cormier-Denis, fondateur d'Horizon Québec Actuel, un regroupement nationaliste qui dénonce « l'immigration de masse », « l'anglicisation généralisée » et le multiculturalisme canadien, est dans la salle, ainsi que quelques autres jeunes Québécois ayant fait le déplacement depuis Québec. L'un d'eux est sous le charme de Marine Le Pen : « On manque de leaders charismatiques comme elle ici. Au Québec, les gens sont trop naïfs sur la situation actuelle et nient le problème de l'islamisation du pays. »
Emmanuel Robert, l'ancien élu de Rosny-sous-Bois, est aujourd'hui citoyen canadien. Des binationaux comme lui, il y en a plusieurs dans la salle ce soir, et Denis Franceskin a souhaité les rassurer quant à la proposition du FN d'interdire la double nationalité. « Cette mesure ne sera pas rétroactive », assure le candidat aux législatives.
Des promesses en l'air ?
Charles a une vingtaine d'années. Il accompagne sa petite amie à une journée d'information organisée par les étudiants français de McGill et de Concordia, le lendemain de la soirée présentée par le Front national.
Si elle est encore indécise quant à son vote, lui assume le fait de pencher fortement pour Marine Le Pen. « J'ai voté à gauche lors des dernières élections, mais depuis les attentats en France, j'ai une autre opinion. »
Il ignorait que le FN souhaitait interdire la double nationalité, une mesure qui le toucherait ainsi que ses futurs enfants, s'il décidait d'en avoir au Canada. « Je ne pense pas qu'ils appliqueront cette mesure », dit-il. Et sinon ? « Ben, j'imagine que je choisirais que mes enfants soient canadiens. »
L'idée selon laquelle Marine Le Pen n'appliquerait pas ou ne pourrait pas appliquer certaines des mesures de son programme est assez répandue parmi ses électeurs. Les différents représentants des partis politiques se succèdent dans une salle de cours de Concordia, essayant, tant bien que mal pour certains, de convaincre un électorat qui semble désabusé.
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