RENCONTRE AVEC QUÉBEC

Les Innus veulent élargir le débat

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Le gouvernement Couillard a mis le doigt dans le tordeur

Au-delà des enjeux liés au complexe hydroélectrique de La Romaine, les Innus de Nutashkuan espèrent que le face-à-face prévu ce mercredi avec le gouvernement Couillard ouvrira la porte à une série de rencontres avec Québec pour faire avancer la cause des neuf communautés innues du Québec.

« C’est vraisemblablement la première d’une série de rencontres. Ça risque d’élargir le débat aux revendications de l’ensemble de la nation innue », confie-t-on dans le camp autochtone, sans entrer dans le détail.

Le gouvernement Couillard a accepté de rencontrer les représentants des Innus à la suite du bras de fer de la semaine dernière. Les Innus de la communauté de Nutashkuan avaient alors bloqué l’accès au chantier de La Romaine, sur la Côte-Nord, pour attirer l’attention du gouvernement sur leurs revendications. Ils réclamaient une rencontre en personne avec le premier ministre Philippe Couillard, mais ont accepté de retirer leur barricade lorsque celui-ci a promis un tête-à-tête ministériel cette semaine.

Mercredi matin, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, et le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, prendront donc place à la même table que le chef des Innus de la communauté de Nutashkuan, Rodrigue Wapistan, et de Jean-Charles Piétacho, chef du conseil des Innus d’Ekuanitshit (Mingan).

Parmi les sujets à l’ordre du jour, il sera principalement question des impacts du projet de La Romaine sur le mode de vie et l’économie de la communauté de Nutashkuan. Les Innus affirment qu’Hydro-Québec viole leurs droits ancestraux, « avec la complicité du gouvernement ». Ils dénoncent notamment le non-respect de l’entente Nanemessu-Nutashkuan — confidentielle — conclue en 2008.

Concrètement, les représentants de la communauté reprochent à Hydro-Québec d’avoir inondé des bassins sans les avoir avertis, en y laissant plus de 50 % de la ressource forestière. La société d’État répond que l’entente en question est respectée et que des discussions sont actuellement en cours avec une entreprise de la communauté pour confier des travaux à venir.

Débat sur le mercure

Selon les Innus, le fait de ne pas déboiser une partie du territoire les a privés du travail qui aurait dû leur être confié, en plus de nuire à leurs activités de chasse et de pêche. Ils prétendent en effet que cette façon de procéder entraîne une augmentation du taux de mercure dans l’eau, après l’ennoiement du territoire.

De son côté, Hydro-Québec dit que la question du déboisement n’a rien à voir avec l’augmentation du taux de mercure. « Il y a une augmentation du mercure, mais c’est dû à la matière organique qui est présente sur le sol avant inondation, explique la porte-parole Marie-Élaine Deveault. Les arbres qui ne sont pas retirés du territoire avant l’ennoiement ne causent pas une augmentation du mercure puisqu’ils ne se décomposent pas. »

Elle ajoute que le taux de mercure dans l’eau revient généralement à la normale entre 10 et 30 ans après l’ennoiement.

Qui dit vrai ? « Avec les connaissances que j’ai, ce ne sont pas les arbres debout qui vont contribuer à la hausse du mercure, mais plutôt la matière contenue dans le sol », tranche le professeur en géochimie organique marine de l’Université du Québec à Rimouski, Jean-Pierre Gagné.


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