Portrait au vitriol d’un opportuniste en politique

Pour décoder le discours de François Legault

Tribune libre

Quel est donc cet homme qui veut démanteler l’État du Québec, en voulant mettre à la retraite une bonne partie de l’effectif québécois de la fonction publique? Je m’interroge toujours, en voyant sa bouille au petit écran, ce qui m’agace tant chez cet homme d’affaires? Et surtout, je cherche, en mon for intérieur, pourquoi je ne voterais pas pour lui en aucune façon.

Il y a un début de réponse lorsque je vais faire mon marché au Provigo et que je me retrouve devant des produits President’s Choice. Je me dis qu’il aurait fallu que François Legault tienne son bout, lorsqu’il était sur le conseil d’administration de cette chaîne d’alimentation, pour que ce fleuron de notre industrie alimentaire reste dans le giron québécois.

Mais il y a plus! Que celui qui a été ministre de l’Éducation vienne affirmer, sans rire, qu’on devrait fermer les cégeps parce que les jeunes y fument de la drogue m’a complètement sidéré et m’a inexorablement amené à le considérer comme un mononcle.

Quand Lucien Bouchard, l’ineffable affairiste-en-chef au Québec, est allé le chercher pour lui faire une place au gouvernement d’alors, ce n’était déjà pas très évident qu’il possédait les qualités requises pour évoluer dans le service public. On veut bien qu’un individu, qui a fait une passe d’argent en vendant ses actions dans la compagnie où il est majoritaire, puisse utiliser ses capacités et ses talents dans d’autres domaines des affaires, mais cela n’en fait pas un visionnaire et encore moins un bon gestionnaire dans le domaine de la gouvernance gouvernementale. En politique, parfois, on donne une certaine audience à ceux et celles qui ont réussi à faire du pognon, mais quid de leur pensée politique.

«Les Amaricains, eux-autres ils l’ont l’affaire!» faisait dire Pierre Falardeau, de regrettée mémoire, à son alter ego le personnage éponyme du film Elvis Gratton. Et à voir les recettes empruntées à nos voisins du Sud, les plus rétrogrades soit dit en pensant, pour améliorer l’efficience des professeurs et des médecins, pour dégraisser l’État de son bois mort (qu’il dit), pour mettre au pas les syndicats, on se dit que Legault n’a pas fait ses devoirs, qu’il s’est fait plus Camil Samson et créditiste que Ross Perot et réformiste. De fait, l’ensemble de sa pensée politique origine de son mentor Bouchard et se résume à cette phrase lapidaire : «Travaillez! Bande de paresseux.»

Nul doute qu’il pourrait faire sienne, aussi, l’assertion de Winston Churchill «Le socialisme, c’est la philosophie de l’échec, le crédo des ignares et le prêche des envieux, sa mission est de distribuer la misère de manière égalitaire pour le peuple» tant est qu’il est et demeure un propagandiste d’un néolibéralisme bon teint.

Lorsque Philippe Couillard a émis l’idée que chacun des candidats-es au poste de premier ministre dévoile ses avoirs et son rapport d’impôt, nul doute qu’il a fait plaisir au chef de la Coalition Avenir Québec : celui-ci sait que cet affichage ostentatoire de sa richesse et de son statut de parvenu plaît aux plus démunis, aux sans-grades. Quoi de plus porteur que de vivre sa vie par procuration à travers la vie des gens riches et célèbres et de s’identifier à leur réussite.

Hélas! On est loin de ce battant qui supervisait les travaux concernant la faisabilité économique d’un Québec indépendant. En retournant sa veste, pour un nationalisme de statu quo, il est devenu un crypto-fédéraliste, cherchant à préserver sa base électorale dans la région de Québec. Il se vivait et se voyait comme l’icône du Québec inc. Et coup de tonnerre! «Mille millions de mille sabords» aurait-il pu proférer lorsque Pierre-Karl Péladeau annonçait son entrée en politique. Il venait de rencontrer son homme et perdre sa place, dans l’esprit de la population, comme celui qui incarnait la réussite en affaires et qui vivait en accord avec ses convictions.

Dans les faits, on peut considérer, aujourd’hui, François Legault comme un pantouflard. Qui se retrouve à l’Assemblée nationale un peu comme quelqu’un qui s’est trouvé une retraite dorée. Le fait qu’il se soit payé un écrivain désœuvré pour lui pondre un livre sur le Saint-Laurent n’en fait pas un penseur politique, loin s’en faut. Nulle part, nous ne retrouvons, dans son parcours, des propos annonciateurs du projet qu’il revendique être sien, et ce, dans l’ensemble de sa carrière. Cela constitue uniquement un argument de vente et de promotion pour attraper les nigauds et mettre dans son escarcelle quelques votes.

Un bon point quand même : dans les débats avec Philippe Couillard, il s’est fait bagarreur face à un intimidateur de première. On sait que certains médecins intimident les jeunes internes dans les hôpitaux (il y a une belle littérature sur ce phénomène de «bullying» dans le milieu médical). Et c’était la chose à faire!

Quoi qu’il en soit, nous lui souhaitons de bien profiter de la vie, au lendemain du 7 avril.

Pierre Paquette saura bien représenter le comté de l’Assomption à l’Assemblée nationale du Québec.


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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    29 mars 2014

    Je vois d'un bon œil le style radio-poubelle adopté par François Legault dans la région de Québec où l'ignorance règne en maître dans la classe ouvrière (berceau de la propagande); chaque point de plus dans les sondages pour la CAC, c'est un de moins pour les libéraux.

  • Lise Pelletier Répondre

    28 mars 2014

    Suis-je d'une sensibilité hors de l'ordinaire mais il demeure que pour moi, une personne qui crie pour ne pas dire qui hurle après une autre me démontre que son argumentation est faible.
    Aujourd'hui les fédéralistes sentant le tapis glissé sous Couillard, nous répète que c'est Legault qui a le mieux performé au débat. Marissal, Boisvert, Lapierre, Dumont..
    Si cela plaît à certains québécois, je suis convaincue que ça déplaît à plusieurs.
    François Legault qui dit à sa femme "tais-toi ce n'est pas à toi qu'il parle", celle-ci a beau dire que si on allait prendre un café avec lui, vous verriez comme il est gentil ne me convainc pas du tout.
    Pourquoi personne dans la campagne ne lui reproche qu'après avoir profité des fonds de la FTQ (qu'il dénigre à qui mieux mieux) il a vendu ses parts majoritaires en Ontario, bizarre pour quelqu'un qui dit "pour moi c'est le Québec d'abord".
    Aussi en interview, il a dit qu'il avait rencontré des personnes au fédéral qui lui ont donné l'assurance que ces demandes seraient acceptées. Qui a-t-il rencontrés ?
    Si le Parti Québécois descend encore dans les prochains sondages et que la CAQ remonte un peu trop, faudra sortir du placard de Legault, Charles Sirois celui qui spécule présentement les terres arables dans la région du Saguenay.

  • Lise Pelletier Répondre

    28 mars 2014

    Suis-je d'une sensibilité hors de l'ordinaire mais il demeure que pour moi, une personne qui crie après une autre personne, dénote un manque de respect. De plus ça démontre une argumentation faible.
    Si cela plaît à certains québécois, je suis convaincue que ça déplaît à plusieurs.
    Aujourd'hui les médias fédéralistes, d'un ton uniforme, nous disent que c'est Legault qui a le mieux performé durant ce débat. Moi je vais faire un petit sondage interne à mon travail, surtout des femmes, pour voir ce qu'elles en pensent.
    François Legault qui dit à sa femme "tais-toi ce n'est pas à toi qu'il parle", celle-ci a beau dire que si on allait prendre un café avec lui, vous verriez comme il est gentil ne me convainc pas du tout.
    Pourquoi personne dans la campagne ne lui reproche qu'après avoir profité des fonds de la FTQ (qu'il dénigre à qui mieux mieux) il a vendu ses parts majoritaires en Ontario, bizarre pour quelqu'un qui dit "pour moi c'est le Québec d'abord".
    Aussi en interview, il a dit qu'il avait rencontré des personnes au fédéral qui lui ont donné l'assurance que ces demandes seraient acceptées. Qui a-t-il rencontrés ?
    Si le Parti Québécois descend encore dans les prochains sondages et que la CAQ remonte un peu trop, faudra sortir du placard de Legault, Charles Sirois celui qui spécule présentement les terres arables dans la région du Saguenay.