La grande farce de la Constitution de 1982

Avez-vous dit… société libre et démocratique ?

6327ec3d2ac41a61e199f0fc5b28742b

Le Canada, champion de la violence politique !

L’article premier de la Constitution de 1982 pose à titre d’axiome que le Canada est une société libre et démocratique. Un axiome est un principe premier, non démontré ou non démontrable, qui s’impose à l’esprit avec toute la force d’une évidence. Vérité établie, vérité indiscutée et indiscutable, le Canada est donc une société libre et démocratique. Remettre cette vérité en question serait sans doute de l’ordre du sacrilège.

Plus encore, aucune définition ou explication n’a été donnée sur le sens de l’expression « société libre et démocratique ». Pour en connaître le sens, il n’y a qu’une façon d’y parvenir, c’est de s’en remettre à la sagesse infinie de la Cour suprême. Elle seule peut dire où se tient la vérité. Il s’agit sans doute là d’une autre caractéristique de toute société libre et démocratique : les plus hautes vérités découlent de l’autorité de quelques élites qui n’ont de comptes à rendre qu’à eux-mêmes. Il faut s’y faire, la vérité peut naître du seul exercice de l’autorité. La volonté de la population n’a alors d’autre choix que de se taire et de se résigner. À l’époque de Socrate, les philosophes et dramaturges qualifiaient ce phénomène de « violence ».

Les Grecs en général, et les Athéniens en particulier, avaient alors mené une longue réflexion sur le sens de la liberté et de la démocratie. Pour eux, la première et la plus fondamentale de toutes les libertés consistait à choisir soi-même les lois indispensables à toute société politique pour se bien gouverner. Obéir à la loi d’autrui était considéré comme une contrainte, une négation de la liberté, le premier de tous les esclavages. En ce cas, toutes les autres libertés étaient mises en péril, et la violence pouvait s’imposer comme mode de gouvernement.

Alors une question quelque peu gênante se pose : pour nous qui nous disons si fiers de vivre dans une société libre et démocratique, quand avons-nous choisi nous-mêmes les lois les plus importantes par lesquelles nous avons été jusqu’ici gouvernés ? Pour ajouter un peu de piquant à notre joie de vivre dans une société libre et démocratique, examinons le magnifique palmarès qui a fait de nous des lauréats de la liberté :

-* 1. La Proclamation royale du 7 octobre 1763 ; elle nous a été imposée sans la moindre consultation.

-* 2. L’Ordonnance du 17 septembre 1764 ; elle a abrogé nos lois et nous a imposé la common law sans nous consulter. L’anarchie a alors éclaté et l’idée même de civilisation aurait pu disparaître, n’eut été le sens de la justice des Canadiens.

-* 3. L’Acte de Québec, en 1774, nous a été imposé ; le législateur a toutefois tenu compte de quelques unes de nos doléances. C’est la seule exception de toute notre histoire constitutionnelle.

-* 4. l’Acte constitutionnel de 1791 ; sans nous consulter, la plus belle partie de notre province nous a été enlevée et donnée aux loyalistes pour former le Haut-Canada, c. à d. l’Ontario.

-* 5. L’Acte d’Union de 1840 ; sans nous consulter, nous avons été réunis au Haut-Canada et avons été tenus de rembourser la faillite de cette province. En plus de nous faire payer une dette qui ne nous concernait d’aucune façon, cette constitution visait à nous mettre sous l’autorité des Britanniques du Canada et à nous assimiler.

-* 6. La Confédération mise en vigueur le 1er juillet 1867 ; le principal instigateur de cette constitution, George Brown, ne nous voulait aucun bien. À des amis, il avait expliqué de façon fort imagée toutes les subtilités de ce beau projet : « Compte tenu que l’Acte d’Union n’a pas permis de les assimiler, il nous reste encore la possibilité de leur couper les griffes et de leur arracher les dents ». Toutes les démarches et pétitions des Canadiens français pour obtenir un référendum ou des élections référendaires ont été refusées. Cette constitution nous a été imposée malgré toutes nos protestions.

-* 7. La Constitution de 1982 ; avec l’aide de la Cour suprême, le coup d’État orchestré par Pierre E. Trudeau a fait disparaître nombre de garanties sauvées en 1867. Le Québec a toujours refusé de se soumettre officiellement à ce coup de force, mais nos élites n’ont jamais essayé d’en enrayer l’application sur notre territoire.

Donc, depuis 1763, nous n’avons connu que de la violence politique. Toutes les lois les plus importantes sous lesquelles nous avons été gouvernés nous ont été imposées. La population d’un pays qui n’a jamais choisi sa constitution – pas même une seule fois dans son histoire – ne peut être qualifiée de « société libre et démocratique ». C’est une mauvaise farce de dire une pareille chose ; c’est une effronterie de l’avoir écrit dans la Constitution de 1982.

Jusque là, les Canadiens français avaient joui d’une certaine autonomie dans leur province. Puis, tout s’est mis à se dégrader. Plus encore, un phénomène nouveau s’est consolidé avec l’arrivée au pouvoir de Jean Charest en avril 2003. Il s’agit de l’émergence de la « triple alliance ». Par « triple alliance » il faut entendre les forces conjugées des anglos, des allos et des islamos. C’est eux qui forment maintenant le groupe dominant au pouvoir. La parti libéral du Québec est devenu la parti des communautés, du dérèglement de l’immigration, des accommodements avec les peuples du désert, du repli identitaire, de l’affichage ostentatoire, de la désagrégation du lien social et de la montée de la méfiance de tous contre tous. Tant que ces alliés resteront regroupés, les Canadiens français risquent de croupir dans l’opposition. Bref, ils sont maintenant en train de devenir les spectateurs impuissants d’une longue glissade sociale et politique qui risque de ne leur laisser que le titre peu enviable de « citoyens du monde ».

La seule façon d’échapper à cette déchéance annoncée serait, dans un premier temps, de prendre pleinement conscience que ce phénomène risque de se perpétuer pour devenir irréversible et, dans un deuxième temps, de convaincre les Canadiens français qui appuient encore le parti libéral du Québec de reconsidérer sérieusement leur allégeance.

Il ne faut surtout pas oublier que, d’année en année, la « triple alliance » s’enrichit de 55,000 nouveaux membres.

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec,
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.

Squared

Me Christian Néron108 articles

  • 450 699

Membre du Barreau du Québec, Constitutionnaliste et Historien du droit et des institutions.





Laissez un commentaire



13 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    18 juillet 2016


    Maître Néron,
    Quand on voit à quel point, dans notre système constitutionnel, tous les pouvoirs de l'état échoient dans les seules mains du premier ministre et son parti, on peut s'inquiéter d'être séquestrés dans un système par excellence de vente pyramidale, de vente pyramidale d'illusion de liberté et de démocratie.
    Ce pays s'est structuré fondamentalement sur le pouvoir financier qui lui a toujours tenu la laisse depuis la Conquête. Peut-on croire que Justin Trudeau soit le maître de son propre parti? qu'ils soit politiquement autonome? Si c'était le cas, il lui aurait été facile de nous livrer, dans sa logorrhée et son théâtre, un tant soit peu de réflexion approfondie. Quand fait-on appel à l'intelligence et au consentement éclairé de la population dans notre belle démocratie?
    Ce pays mène son peuple comme on mène un troupeau. Peut-on dire qu'on nous considère dans les délibérations nationales? qu'on nourrit la pensée et la réflexion ou qu'on cherche plutôt à nous convaincre? Ne sommes-nous pas plutôt dans une perpétuelle campagne électorale?
    Voir Trudeau le Jeune patiner dans ses contradictions en souriant nerveusement est pathétique. Il refuse, en boudant presque, de reconnaître la réalité de notre Nation québécoise alors que son Conseil des Arts continue de décerner des honneurs aux représentants des deux cultures fondatrices de son pays. Il y a comme une dissonance cognitive entre deux cultures qui s'ignorent depuis des siècles.
    Il n'y a pas de division nationale canadienne pour la bonne raison qu'il n'y a jamais eu d'union nationale. On ne peut diviser ce qui n'a jamais existé. La confrontation et les différents Francos-Anglos ne se sont jamais conciliés; jamais nous n'avons vécu de véritable unité d'intérêts nationaux. Un exemple récent : Bombardier a refusé la première offre de financement fédéral parce que celle-ci exigeait la restructuration de la Société. Bay Street n'accepte pas un contrôle familial qui l'empêche de s'en accaparer, surtout s'il est franco. Ce n'est pas la première fois, le Canada est ainsi fait.
    Trente ans de vide constitutionnel et personne ne s'en émeut vraiment. Le royaume de l'indifférence! comme si nous étions sous hypnose ou invisibles. Quand collectivement nous aurons conscience du régime dans lequel nous vivons et que nous exigerons mieux, alors les choses évolueront; c'est pour cette raison qu'il faut libérer la parole citoyenne. Et à ce chapitre, vos textes remarquables contribuent pour beaucoup à l'éveil des consciences.
    Merci, Me Néron.

  • Me Christian Néron Répondre

    11 juillet 2016

    Réponse à André Gignac.
    Vous avez raison de dire que le temps joue contre nous et
    qu'il faut nous réveiller ! La situation est probablement plus
    grave qu'il n'y paraît.
    Quand on regarde l'évolution de notre démographie depuis
    les quarante dernières années, il est probable que vers 2050
    les adorateurs du vrai Dieu seront numériquement assez nombreux
    pour former un gouvernement majoritaire et de le garder.
    En ce cas, nous risquons de ressembler au Liban, tel qu'il existe
    depuis 1975, de devoir nous résigner à vivre sous une paix
    armée et, surtout, de ne plus jamais connaître la sécurité de
    l'avenir.
    La raison d'État, c'est aussi le devoir de léguer aux générations
    futures un pays où il fait bon vivre. Dans leur indifférence, les
    Québécois sont en train de tout gaspiller, y compris l'avenir des
    générations futures.

  • Archives de Vigile Répondre

    7 juillet 2016

    Monsieur Néron
    Vous qui êtes constitutionaliste, j'aurais aimé que vous me donniez votre point de vue sur ce que j'ai avancé dans mes deux commentaires. Mes arguments se tiennent dur comme fer, j'en suis persuadé.
    André Gignac 7/6/16

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    1 juillet 2016

    Bonsoir Me Néron,
    Vous écrivez : [Tant que ces alliés resteront regroupés, les Canadiens français risquent de croupir dans l’opposition. Bref, ils sont maintenant en train de devenir les spectateurs impuissants d’une longue glissade sociale et politique qui risque de ne leur laisser que le titre peu enviable de « citoyens du monde ».]
    Pire encore ! : les Canadiens français seront APATRIDES dans leur propre pays avant la date fatidique de 2030. Car, ils ne seront plus une majorité politique afin de pouvoir défendre les intérêts nationaux du Québec. Une tragédie sociétale consciente, de soumission consentie et d’autodestruction nationale. Beau parcours historique de cette majorité en hommage à leurs ancêtres qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour leur laisser ce Québec qu’ils n’auront possiblement pas le courage de préserver et de défendre.
    Cordialement,
    Jean-Louis Pérez-Martel

  • Archives de Vigile Répondre

    30 juin 2016

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/qui-a-tue-le-dernier-des-mohicans-182449
    "Enfin, la télévision forme au relativisme. Elle est la plaque de chocolat devant l’enfant à qui l’on demande de choisir entre ce plaisir éphémère et un cours d’éducation civique. Ainsi, on peut le dire : elle est l’ultime terrorisme. Celui que l’on ne voit pas, parce qu’il est ce qui voit. Pouvons-nous agir sans voir ?..."

  • Archives de Vigile Répondre

    29 juin 2016

    Monsieur Néron
    J'avais oublié de mentionner la fameuse charte des droits et libertés de PET Trudeau qui a suivi ce rapatriement illégitime de la constitution "canadian", une vraie camisole de force pour nous emprisonner littéralement et définitivement. Que faisons-nous encore dans ce pays? Souffrons-nous d'amnésie collective ou du syndrome de Stockholm? La question se pose sérieusement.
    André Gignac 28/6/16

  • Archives de Vigile Répondre

    28 juin 2016

    Monsieur Néron
    La triple alliance n'a qu'un seul but soit celui de créer du nettoyage ethnique au Québec. Les fédéralistes ont toujours en tête le référendum gagné (?) ou volé (?) de 1995; ils ont décidé de nous exterminer à petit feu avec une immigration massive. Je le dis souvent sur Vigile, nous sommes victimes d'un génocide bien planifié pour rendre impossible l'indépendance du Québec. Le gros problème qui empêche la prise de conscience collective de l'indépendance du Québec, c'est le trop grand respect que les Québécois portent envers le Canada, sa cour suprême et ses institutions.
    Pensez-y comme il faut: Trudeau a sorti le Québec du Canada en 1982 avec son rapatriement unilatéral de la constitution "canadian". Le gouvernement de ce pays qui était devenu HORS-LA-LOI en 1982, a même voulu par l'entremise de sa cour suprême, nous imposer des conditions pour nous empêcher d'en sortir sur-le-champ, rappelez-vous la loi de Dion sur la clarté référendaire. il est plus que temps que les Québécois se réveillent et qu'ils affrontent la réalité!
    Moi, je suis pour un QUÉBECEXIT 50% + 1 avec une élection référendaire en 2018. Le PQ a deux ans pour préparer la population à affronter cette réalité. Une fois la victoire acquise, le parti au pouvoir prépare une constitution à être entérinée et votée par le peuple et demande une reconnaissance internationale. NOUS N'AVONS RIEN À NÉGOCIER AVEC OTTAWA ET LES FÉDÉRALISTES QUI NOUS ONT LAISSÉS TOMBER EN 1982 SANS RÉFÉRENDUM, NOUS DEVONS PROCÉDER DE LA MÊME FAÇON!
    La liberté ne se quémande pas, elle se prend! Le temps joue contre nous; nous n'avons plus de temps à intellectualiser ou divaguer avec des mantras sur cette question vitale pour notre survie, c'est une question de vie ou de mort avec l'assimilation qui est à nos portes, le français qui fout le camp et, en plus, le nettoyage ethnique à la lord durham par les fédéralistes. Que les Québécois qui ont des couilles se lèvent et qu'ils passent à l'action une fois pour toute! LIBERTÉ OU DISPARITION!
    André Gignac 28/6/16

  • Bruno Deshaies Répondre

    25 juin 2016


    La lutte est entre ceux et celles qui veulent sortir du Canada et ceux et celles qui veulent y rester.
    Marc Lapierre se demande : «Qui sont ces Canadiens français qui votent systématiquement contre leurs propres intérêts ?» «Bref, l’argument que l’idée d’indépendance serait moribonde est largement exagéré. » «Seule bonne nouvelle : les derniers sondages Léger donnent une note de 52% pour l’indépendance chez les francophones.»
    Rémi Lesmerises se demande : «Donc pourquoi voter si cela ne sert à rien ? Pourquoi appuyer l’indépendance si les mêmes personnes seront encore aux commandes ? » «Je le réitère, les gens participeront s’ils voient qu’ils peuvent avoir une influence sur les décisions qui seront prises.» «C’est d’ailleurs beaucoup plus motivant et encourageant de savoir qu’on pourra faire partie de la décision.»
    Christian Néron dixit : «La seule façon d’échapper à cette déchéance annoncée serait, dans un premier temps, de prendre pleinement conscience que ce phénomène risque de se perpétuer pour devenir irréversible et, dans un deuxième temps, de convaincre les Canadiens français qui appuient encore le parti libéral du Québec de reconsidérer sérieusement leur allégeance.
    Il ne faut surtout pas oublier que, d’année en année, la « triple alliance » s’enrichit de 55,000 nouveaux membres.»
    Voici ce que je pense.

    La société québécoise se transforme sociologiquement. Nous le savons. Les indépendantistes ont l’obligation de marteler un discours qui devrait rappeler à tout le monde que cette société à une histoire qui l’a conduit dans le goulot d'étranglement de l’annexion. Prendre conscience de cette situation et vouloir y remédier ne sera pas facile. Au point de départ, il faut reconnaître que deux thèses principales se heurtent sur la question «fédéralisme et nationalité» au Québec:
    1. La «foi» indépendantiste,
    2. la «foi» fédéraliste.
    S’il y a «violence politique», elle réside dans cet affrontement qui, hier, était entre la colonisation française et la colonisation britannique, puis entre le Canada français et le Canada anglais et de nos jours entre les indépendantistes et les fédéralistes au Québec. Autrement dit, entre ceux et celles qui veulent sortir du Canada et ceux et celles qui veulent y rester.
    Il s’agit d’un accrochage fondamental ou d’une défaite fondamentale qu’il ne faut pas confondre avec un accrochage superficiel. Si une nation occupée militairement pendant un certain temps par une autre nation et qu’il arrive qu’elle retrouve son statut ante parce que la nation vaincue se refait, retrouve son gouvernement, voit finir l’occupation… le terme «la défaite d’une nation», dans ce cas, se rapporte à un échec partiel et temporaire. Ce qui n’a pas été le cas des «Canadiens» après 1760. Et c’est là qu’interviennent les processus d’annexion et d’assimilation. Et si l’annexion se prolonge dans le temps, elle devient de ce fait la cause de l’assimilation totale au final du phénomène historique. Mais l’assimilation est l’œuvre du temps et des circonstances…
    Croire que l’indépendance pourra se réaliser dans le régime est une illusion. Les fédéralistes considéreront toujours les indépendantistes, quoi qu’ils disent ou quoi qu’ils fassent, comme étant les ennemis du régime politique en place. D’où la férocité du combat (tous les arguments contre les indépendantistes et tous les moyens de défense seront légitimes pour la nation majoritaire au Canada). On pourra lire les sondages qu’on voudra, faire des analyses dépouillées de toutes les statistiques du pays que cela ne changerait rien à la «foi» fédéraliste.
    Le défi des indépendantistes consiste à mener une propagande lucide de l’idée d’indépendance auprès du public québécois. Le discours doit être intelligent, clair et constant. Nous savons où nous voulons aller et nous vous le disons franchement. Le message doit s’adresser aussi à tous les partis politiques qu’ils soient au pouvoir ou non. Pour tous les candidats à la direction du Parti québécois, les indépendantistes leur demandent de se démarquer sur cette question essentielle. Ils doivent cesser de bredouiller. Ils doivent apprendre à s’exprimer clairement, avec sincérité et respect de la vérité et du public.
    La construction de Grands chantiers exige une préparation préalable d’envergure. Elle nécessite une conceptualisation du projet afin de le mettre en œuvre tout comme pour une encyclopédie. Il faut que la fin soit clairement identifiée. Les réalisateurs du chantier doivent connaître exactement ce qu’ils veulent faire. Des décisions fondamentales doivent se prendre dès l’origine des grands travaux. Il faut que des analyses de réalisation soient effectuées préalablement. Un chemin critique à suivre est incontournable.
    Il y aura des embûches et tous les indépendantistes auront à y faire face d’une seule voix.
    Voici ce qu’écrivait Édouard Le Roy, en 1905, « Sur la logique de l’invention» : «Toute synthèse nouvelle sort d’une analyse critique préliminaire : une phase de démolition la précède et la prépare.»

  • Archives de Vigile Répondre

    24 juin 2016

    Constat limpide. Excellent.
    Qui sont ces Canadiens français qui votent systématiquement contre leurs propres intérêts?
    Selon moi ils se divisent en deux camps: les opportunistes et les ignorants. Pour ce qui est des ignorants, la plupart d'entre eux savent ou du moins sentent bien que leur vote est immoral et indéfendable. Cela se reflète dans le nombre élevé de "silencieux" fédéralistes dans les sondages.
    En effet, les sondeurs québécois savent que 3 "indécis" ou "ne sait pas" sur 4 se rangent systématiquement du côté du statu quo fédéraliste. Voilà comment les indécis sont pondérés.
    Ces gens, qui pour la plupart sont très peu politisé, sentent que leur choix va à l'encontre des intérêts des leurs, mais la peur les tétanise. Ceux-là sont très sensibles aux arguments de peur, une spécialité des fédéralistes d'ici comme d'ailleurs comme on n'a pu le voir en Grande-Bretagne.
    Les autres votent par opportunisme. C'est dans se groupe que l'on retrouve la plupart sinon la totalité des contributeurs à la caisse électorale du PLQ. Ils contribuent à la caisse électorale et s'impliquent dans le but de faire progresser leur carrière ou leur entreprise. Contrairement au PQ où les gens y militent pour un idéal collectif, au PLQ on ne s'implique pas pour servir, mais bien pour SE servir.
    Ceux-là aux yeux de l'histoire seront connus comme les "collabos", les fossoyeurs heureux de leur propre patrie. Et puisque les gens dans cette catégorie ont généralement une haute opinion d'eux-mêmes et ne se définissent assurément pas comme ignorants, ils n'ont aucune excuse. Ils savent qu’ils trahissent les leurs.
    Il faut nommer les choses comme elles le sont.
    Seule bonne nouvelle: les derniers sondages Léger donnent une note de 52% pour l'indépendance chez les francophones. Les médias s'appliquent évidemment à taire ces résultats. D'ailleurs les sondages Crop, dans leur section "souveraineté" ne tiennent pas compte de la langue et se contentent de donner le score global (incluant le vote de la minorité de blocage) ce qui fait baisser considérablement le score du OUI. On sait tous pourquoi: le client (Gesca) a toujours raison. N'est-ce pas?
    Bref, l'argument que l'idée d'indépendance serait moribonde est largement exagéré. Le plus triste c'est que l'establishment du PQ semble croire la propagande fédéraliste et laisse cette dernière entrer dans les esprits sans répliquer.

  • Bruno Deshaies Répondre

    24 juin 2016

    Bruno Deshaies, 24 juin 2016}
    Le droit et les institutions ne couvrent pas tout le spectre des activités humaines dans l’histoire.

    La société civile c’est un tout complexe, un réseau d'habitudes (expérience, initiative), de traditions, de capitaux, de techniques, ainsi que des conditions de vie où des forces isolées et en interaction comme facteurs politiques, sociaux, économiques et culturels... L’exercice de la liberté et la vie démocratique font partie du tout.
    Les Canadiens de la Nouvelle-France en 1760 ne vivaient pas dans une démocratie au sens formel du terme mais cette société existait quand même efficacement aussi bien que les communautés des Treize Colonies anglaises à la même époque.
    Ces Canadiens comme société ou comme collectivité nationale ont subi une défaite fondamentale. Ils ont perdu la possibilité de se gouverner par eux-mêmes. En 1763, cette nation «canadienne» française a été intégrée de force dans le système colonial britannique. En effet, les «Canadiens» ont été conquis, occupés et dominés. Ce sont des conséquences directes de la Conquête britannique et américaine.
    Dans l’abstrait et d’un point de vue légaliste, l’idée de lier liberté et démocratie à la société nous paraît logiquement raisonnable. Cependant, le détour vers le passé jusqu’aux Grecs de l’Antiquité nous paraît très douteux. Il serait fortement critiqué par tout historien moindrement compétent. Rémi Lesmerises a montré les nuances importantes qu’il faut faire sur les réalités des sociétés libres et démocratiques dans l’histoire. Quant à l’histoire moderne, le départ démocratique remonte surtout au moment de l’éveil des nationalités au XIXe siècle vers 1830 en ce qui concerne le droit des peuples à la suite de la Révolution américaine, de la Révolution française et, plus tard, des «Révolutions» en 1848.
    Quant à l’expression «société libre et démocratique» et du fait que deux sociétés «nationales» sont en conflit au sein d’un même État, il y a bien sûr ipso facto oppression d’une société de l’une sur l’autre. Ce fut le cas des Canadiens-Français de 1763 jusqu’à ce jour. {Il s’agit d’une oppression essentielle
    , car la société défaite a été et est encore gouvernée par un autre pouvoir que le sein et contre sa volonté. Toutefois, le poids démographique des «Canadiens» a joué en partie à leur faveur durant un certain temps sans leur permettre de réussir à maîtriser le pouvoir pour gouverner la XVe Colonie britannique jusqu'en 1783 et après. De ce fait vous tirez la conclusion suivante : « Donc, depuis 1763, nous n’avons connu que de la violence politique.» Très bien. Mais cet état est le fait d’être devenue une nation annexée. Le pire mal n’est pas l’absence de démocratie, le pire mal est la perte de l’agir (par soi) collectif des «Canadiens» sur leur vie collective. Or, cette question-là ne se règlera pas par la Cour suprême.
    Il manque aux Québécois les pouvoirs qui leur donneraient la liberté collective de mettre au monde leur propre société libre et démocratique qui serait la leur avec un État souverain, français, ayant la jouissance de la reconnaissance internationale. Pour cela, il nous faudrait l’extinction de la fédération canadienne comme elle a eu lieu, en 1992, en Tchécoslovaquie. Or, nous tardons à travailler à ce que les indépendantistes d’abord se comprennent entre eux.
    Le public s’attend à écouter une équipe d’hommes et de femmes qui sauraient faire passer le message de notre capacité d’agir (par soi) collectivement et d’assumer la vérité de ce besoin – la nécessité impérieuse – de combler le besoin. Le chantier de l’indépendance doit sortir des rengaines traditionnelles et des parcours erratiques quant à la fin visée de l’indépendance politique et nationale du Québec.
    Les oppressions accidentelles qui découlent de notre subordination et superposition nationale sur place par un autre État camouflent notre oppression essentielle, soit la perte de l’agir pas soi collectif. Cette démonstration a été faite par l’historien Maurice Séguin dans {Histoire de deux nationalismes au Canada.

    Bien sûr, nous avons été abrutis par une suite de constitutions qui nous ont laissés en fin de compte qu’un État provincial. Il s’agit maintenant de faire en sorte que cet État devienne souverain et fasse naître une nation indépendante dans le monde. Pour une fois, ce serait vraiment aller au fond des choses.

  • Gilles Ouimet Répondre

    22 juin 2016

    Très bon texte, Christian. Nous risquons fort de mourir pendant notre sommeil.

  • @ Gilles Toupin Répondre

    22 juin 2016

    Tout est dit! Bravo Me Néron.

  • Archives de Vigile Répondre

    22 juin 2016

    De la constitution américaine en passant par les nombreuses versions que la France s’est dotée au cours du temps, jusqu’à celle du Canada, jamais la démocratie n’a été au cœur de la vision des rédacteurs. Il faut aller voir les écrits de l’époque pour réaliser qu’au contraire, ils avaient la démocratie en sainte horreur et qu’on ne devait au grand jamais laisser la populace prendre les décisions (je vous conseille de lire Dupuis-Déri et Guillemin à ce sujet). Ils ont donc trouvé la formule idéale, l’élection. L’élection parmi évidemment ceux qui ont les moyens de se la payer, donc eux les aristocrates et les oligarques. Cela donnait l’illusion aux gens qu’ils avaient le pouvoir de décider, alors qu’ils choisissaient seulement leur maître parmi un échantillon choisi (sélectionné, trié par le système) pour eux à l’avance. Cela donnait ensuite le champ libre aux représentants de faire tout ce qu’ils voulaient, ces derniers se réfugiant sous le couvert de la volonté populaire (évidemment, ils ont été élus!) pour faire taire toute opposition. Ce système a encore cours aujourd’hui et il n’a été appelé « démocratie » que depuis les années ’30, un peu partout dans le monde.
    Quant à l’idée de l’indépendance, sans être dépassée, elle ne veut rien dire si les gens qui l’obtiennent ne sont pas souverains. La distinction entre ces deux termes est fondamentale. L’État peut être indépendant (n’a de compte à rendre à aucune puissance supérieure) alors que le peuple sous lui peut être dans la servitude. Sans dire que c’est ce que nous vivons, même si selon moi on pourrait facilement argumenter sur ce point, il faut réaliser que les québécois ne sont pas souverains. Accéder à l’indépendance nationale éliminera certes un palier de maîtres, et nous pourrions nous en contenter en se disant que d’avoir des maîtres qui nous ressemblent est déjà une belle réussite, mais nous ne pourrions pas dire que nous sommes souverains. Changer à petites doses un système malade avec des solutions mijaurées ne peut que nous démontrer leur inutilité et permettre le maintien de ce système. Il faut parfois faire table rase et repartir à neuf. Cela s’est déjà vu dans l’histoire et je crois sincèrement que nous y sommes rendus. La monarchie a été abattue pour être remplacée par un simulacre de démocratie. Maintenant il faut finir le travail et s’assurer que cette fois le pouvoir ne restera pas entre les mains d’une élite.
    Le peuple n’a pas de compétences particulières, mais il les a toutes parmi lui, parmi ses composantes hétéroclites et individuelles. Collectivement il peut arriver à une connaissance d’un sujet qu’un petit groupe n’aura jamais. De toute façon, il ne faut pas de compétences particulières pour faire un choix de société. Il faut des sources d’information multiples, du temps pour s’informer et pour échanger sur les différentes visions et opinions et finalement pour décider. Cet assemblage varié et tiraillé qu’est le peuple (nommez-le comme vous voulez: citoyens, individus vivant sur un même territoire, etc.) en pourra alors en venir à identifier les éléments communs qu’il partage, dans le respect des différences qui le séparent.
    Je partage tout à fait le point de vue des gens quant à la quasi impossibilité de changer les choses en élisant des politiciens. Ce sont eux qui nous ont menés à ce qu’on a aujourd’hui, avec tous leurs privilèges et toute notre impuissance, et il serait totalement utopique de croire que le changement viendra d’eux. Nous présenter nous-même? Impossible d’y arriver, nous allons à l’encontre de forces beaucoup trop puissantes pour espérer y arriver (espace médiatique inaccessible, recherches bidons pour discréditer, fonds impossibles à accumuler, etc.). Donc pourquoi voter si cela ne sert à rien? Pourquoi appuyer l’indépendance si les mêmes personnes seront encore aux commandes? Mêmes idées, même combat! Je le réitère, les gens participeront s’ils voient qu’ils peuvent avoir une influence sur les décisions qui seront prises. Voter pour une personne qui décidera à votre place n’est pas réellement démocratique, voter pour une décision l’est. C’est d’ailleurs beaucoup plus motivant et encourageant de savoir qu’on pourra faire partie de la décision.
    Donc, une société libre et démocratique n'a rien à voir avec l'indépendance du Québec. Toutefois, comme la constitution canadienne n'est pas un cadre libre et démocratique, en dépit de son article premier, il pourrait être nécessaire de faire l'indépendance pour atteindre cet idéal de liberté et de démocratie où les citoyens seraient aux commandes et les politiciens absents...