Canada 150 : Le pistolet sur la tempe !

George Brown au Bas-Canada en termes voilés : C'est la Confédération ou la guerre civile !

L'histoire que l'on veut absolument vous cacher

Le pitoyable Devoir n'a pas voulu publier ce texte

Il est fréquent d’entendre ou de lire qu’Henri Bourassa aurait été l’inventeur de la théorie des « deux races » ou des deux peuples fondateurs de la Confédération. En fait, il a habilement récupéré et adapté la théorie de Brown à son propre discours pour lui donner une dimension culturelle, d’où est née la théorie du biculturalisme qui s’est imposée jusqu’à la fin des années soixante.

Lorsque l’on prend la peine d’examiner de près les origines de la Confédération, on constate que l’idée d’un « pacte à deux » a d’abord été exposée de façon quelque peu brutale par le principal artisan de la Confédération, George Brown, leader des libéraux du Haut-Canada, également propriétaire et rédacteur en chef du Globe and Mail de Toronto.

Cette idée, Brown l’a tout particulièment expliquée lors d’un long discours qu’il a prononcé le 8 février 1865 dans le cadre des Débats parlementaires sur la Confédération. L’objectif alors visé était – comme pour les autres Pères de la Confédération présents aux débats – de convaincre les 48 députés canadiens-français de voter en faveur du projet de Confédération. Ces derniers étaient alors les seuls qu’il fallait convaincre, puisque ceux du Haut-Canada étaient déjà à 90% en faveur du projet.

Le discours de Brown était particulièrement remarquable en ce qu’il expliquait sans détour les raisons fondamentales du changement de constitution, et les conséquences prévisibles pour le Bas-Canada en cas de rejet du projet. Il est important de souligner que Brown ne prenait pas la parole uniquement en son nom personnel, mais également à titre de membre du cabinet de la Grande Coalition du 22 juin 1864 formée expressément pour doter le Canada d’une constitution du type fédéral.

Dès le début de son discours, Brown met cartes sur table en disant que le peuple canadien « est composé de deux races distinctes que tout sépare » et qui, de ce fait, ont toujours vécu dans un état constant d’animosité. Il ajoute que la population du Haut-Canada a été victime de tant d’injustices de la part de celle du Bas-Canada qu’elle est maintenant « justifiée de recourir à toute espèce de moyens pour y rémédier ».

Pour souligner le côté dramatique de la situation, il évoque plein d’exemples tirés de l’histoire récente où des injustices bien moins graves avaient débouché sur des guerres civiles et fait couler beaucoup de sang : la Hollande, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la Russie, la Pologne, l’Italie et même les États-Unis. Mais heureusement, le projet de Confédération, fruit d’un esprit de conciliation tout britannique, constitue une solution infiniment plus avantageuse que tous ces affreux carnages.

Alors en quoi consiste ce si beau projet ? Il s’agit, nous dit Brown, d’un « pacte de bonne volonté entre deux races distinctes » que tout sépare. Bien plus qu’un simple pacte entre deux races, il s’agit avant tout d’un « pacte entre les descendants des vainqueurs et les descendants des vaincus » de la bataille des plaines d’Abraham. Situation inusitée « et tout à l’honneur de la générosité de la domination britannique », Brown insiste pour dire que ce sont maintenant les « descendants des vainqueurs » qui subissent plein d’injustices aux mains des « descendants des vaincus ». Il faut donc que ça cesse, et que ça cesse tout de suite :

« La justice que réclame le Haut-Canada, il faut qu’il l’ait, et qu’il l’ait maintenant ! Je dis donc que tous ceux qui élèvent la voix contre ce projet doivent avoir réfléchi aux conséquences périlleuses de son rejet ».

Brown prend bien garde de dire expressément que les Canadiens français auront la guerre civile s’ils refusent ce « compromis si juste qui met fin à toutes ces injustices dont se plaignent les descendants des vainqueurs », mais il a bien pris soin de les inviter à y réfléchir. Ainsi, dès le début de son discours, il est entré dans le vif du sujet en disant que « les descendants des vainqueurs » étaient maintenant « justifiés de recourir à toute espèce de moyens pour y rémédier ».

La Confédération leur était donc présentée comme un pacte de la dernière chance, une sorte d’ultimatum qu’il fallait prendre très au sérieux. En ignorant « ce compromis si juste », les « descendants des vaincus » assumaient en pleine connaissance tous les risques d’une situation devenue critique. Lorsque viendra le moment du vote, 26 se prononceront en faveur du projet, et 22 contre.

Pour Brown – plus impérialiste que nationaliste – la Confédération ne faisait que consacrer un état de soumission que les Canadiens français devaient aux Britanniques du Canada. Sa façon naturelle et brutale de dire les choses avait au moins l’avantage de faire ressortir les enjeux de deux visions du monde difficiles à concilier.

Plus encore, la présence des autres Pères canadiens à ses côtés – qui réclamaient le silence en répétant constamment « Bravo ! Bravo ! » – ne laissait aucun doute qu’il était loin d’être le seul à voir dans la Confédération un moyen de mettre un terme à un vieux conflit entre les « descendants des vainqueurs » et les « descendants des vaincus ».

Henri Bourassa, pour sa part, aura l’idée de « démilitariser » ce débat en faisant de la Confédération une alliance entre deux communautés culturelles qui cherchaient une façon de cohabiter dans un pays qu’ils avaient en partage.

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.

Références : Gouvernement du Canada, Débats parlementaires sur la Confédération, Québec, Hunter, Rose et Lemieux, 1865. Pages 82 à 88.

http://vigile.quebec/La-Confederation-selon-George-79483

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Membre du Barreau du Québec, Constitutionnaliste et Historien du droit et des institutions.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    19 juin 2017

    Me Christian Néron,
    Je trouve vos écrits sur le site de Vigile, particulièrement intéressants. Je les lis très attentivement et avec assiduité. Je souhaite que de nombreuses personnes en fassent autant.