L’indispensable sérénité

Le fédéralisme qui ne dit pas son nom de Michel David

Jean-François Lisée avait été ostracisé par les militants péquistes pour les avoir avertis que Pierre Karl Péladeau était une « bombe à retardement ». On pourrait même parler d’une bombe à fragmentation dont les éclats ont volé dans toutes les directions cette semaine.

Il n’y a rien d’illégal à ce qu’une entreprise de la taille de Quebecor World ouvre des filiales dans des paradis fiscaux, comme l’a rapporté La Presse vendredi. C’est monnaie courante. Quand M. Péladeau a déclaré que lui-même ne l’avait jamais fait, il ne pouvait pas ignorer que les entreprises dont il avait fait l’acquisition pour former cette multinationale s’adonnaient déjà à ces pratiques, et il n’y a pas mis fin.

Le chef du PQ plaide que Quebecor World était une entité distincte de Québecor, mais cela ne change rien au contrôle qu’il exerçait. En jouant sur les mots, il a induit la population en erreur, ce qui ne l’a pas empêché de reprocher au premier ministre Couillard d’avoir ouvert un compte de banque à Jersey à l’époque où il travaillait en Arabie saoudite.

Réclamer que La Presse fasse aussi enquête sur l’utilisation des paradis fiscaux par Power Corporation n’est pas un argument. Comme les entreprises de cette taille, le holding de la famille Desmarais en bénéficie certainement, mais elle ne l’a jamais nié. Surtout, aucun de ses membres ne dirige un parti politique.


Après une autre semaine où leur chef a fait parler de lui pour les mauvaises raisons, les députés péquistes auraient eu droit à un petit répit. Il doit devenir exaspérant de le voir tomber bêtement dans le panneau chaque fois que ses adversaires tentent de lui faire perdre son sang-froid.

Sa réaction intempestive aux interrogations parfaitement légitimes de l’opposition sur la légalité du futur institut de recherche sur la souveraineté soulève des doutes aussi bien sur sa capacité de contrôler ses émotions que sur son aptitude à mener un débat sur le terrain politique.

M. Péladeau n’est pas le premier chef du PQ à faire une obsession de Power Corporation, qui a toujours utilisé tous les puissants moyens à sa disposition pour maintenir l’unité du Canada. Dans son cas, cela prend cependant une tournure si personnelle qu’on croit moins entendre un leader souverainiste que le patron de Québecor, qu’il prétend pourtant avoir mis entre parenthèses.

Si sa conception du journalisme le porte réellement à croire que les journalistes de La Presse sont simplement des « petits soldats » qui sont tenus d’exécuter fidèlement les ordres de la famille Desmarais, comment peut-il s’étonner que certains craignent pour l’indépendance des médias qui font partie de son propre empire ?

Quelle que soit l’aversion qu’il éprouve pour les Desmarais, M. Péladeau se dessert avec ces règlements de compte à répétition, qui lui donnent des allures de fier-à-bras qui ne correspondent pas à image qu’on se fait d’un aspirant au poste de premier ministre. Malgré son tempérament bouillant, il devrait laisser le sale travail à d’autres.

Le chef du PQ peut difficilement imaginer à quel point ses adversaires se réjouissent de le voir déraper avec une telle régularité. Le gouvernement ne peut que bénéficier de ces distractions, qui font oublier ses propres bourdes, mais les libéraux prient le ciel pour que les péquistes n’arrivent pas à la conclusion qu’il serait suicidaire de se lancer dans une campagne électorale avec un chef aussi imprévisible.


La politique est une chose très sérieuse, qui ne saurait être prise à la légère, mais elle comporte aussi un aspect ludique qu’il faut savoir apprécier pour y survivre longtemps.

On peut contester le bilan de Jean Charest ou de Robert Bourassa, mais certainement pas leur résilience. Les deux hommes avaient en commun d’apprécier au plus haut point le jeu politique. Même dans les moments difficiles, ils y prenaient plaisir, peut-être même plus que dans les périodes plus calmes.
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