La fusion n'est pas une potion

Fusion IQ et SGF / Agence du revenu du Québec



Les dédoublements entre la Société générale de financement (SGF) et Investissement Québec (IQ) ne sont plus à démontrer. Il est toutefois étonnant qu'il faille une fusion pour en venir à bout. D'autant que regrouper des organismes n'est pas une panacée. Pour que ce «guichet unique» fasse mieux que la somme de ses composantes, il faudra bien davantage.
C'est dans le démarchage d'investisseurs étrangers que les chevauchements ont été le mieux documentés. «L'image collective de tous ces efforts entremêlés et non coordonnés finit par être celle d'un célèbre village gaulois», soulignait le rapport Fortin au printemps 2008. Le vérificateur général en a remis une couche un an plus tard. Apparition de nouvelles équipes oeuvrant en parallèle, sous-utilisation des expertises et avantages de proximité dans les postes à l'étranger, rétention de l'information: le diagnostic établi à partir de notes internes échangées entre sous-ministres est accablant. En plus de gaspiller des ressources, le Québec mine sa crédibilité. Assez contreproductif merci.
On se serait attendu à ce que le gouvernement s'attaque au problème plus tôt. D'autant que la SGF et IQ ne sont pas seules en cause. Le rapport Fortin cite aussi Montréal International, le Centre financier international, les CLD et les directions du ministère du Développement économique (MDEIE). Le vérificateur ajoute le ministère des Finances et le Pôle Québec Chaudière-Appalaches. Donc rien ne garantit que la fusion SGF-IQ mettra fin aux dédoublements dans le démarchage.
Il ne faut pas en escompter des économies mirobolantes non plus. Dix à 15 millions par an, a indiqué le ministre Gignac sans chercher à dorer la pilule. La raison d'être du projet est ailleurs. On veut créer un guichet unique, une idée bien accueillie par les utilisateurs du secteur privé.
De fait, si les services d'IQ et de la SGF avaient toujours été sous un même toit, il serait absurde de les scinder. Sauf que dans le cas présent, tout reste à faire. Or, un guichet n'est qu'une façade. Son efficacité dépend de la machine derrière. Une «SGFI» contribuera-t-elle davantage au développement économique du Québec? Pour cela, il faudra plus qu'une fusion administrative. Car ce genre d'exercice n'est pas une potion magique. Au contraire, il peut drainer beaucoup de temps et d'énergie pour peu de résultats.
Québec a bien fait de mettre Jean Houde à la tête du comité de transition. Ayant été à la direction des deux sociétés d'État, il ne sera pas désarçonné par leurs différences de cultures.
Reste à définir ce qu'on attend de cette nouvelle entité. Une offre de services plus claire, des programmes dans lesquels on aura fait le ménage, ce sera un bon début. Mais il faut aussi s'interroger sur le fond. Quel niveau de risque, et de pertes, est-on prêt à tolérer pour soutenir les entreprises québécoises? C'est le genre de questions qui resurgira inévitablement à la publication des résultats annuels.


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