La nomination de Lucien Bouchard laisse un goût amer au PQ

Gaz de schiste




Paul Journet (Laval) La nomination de Lucien Bouchard à la tête de l'Association de l'industrie pétrolière et gazière laisse un goût amer dans la bouche de certains péquistes. « Je ne sais pas ce que monsieur Bouchard... La question que je me pose, c'est : quelle est l'image que le miroir renvoie à M. Bouchard quand il se regarde», a bredouillé Pierre Curzi, à l'ouverture du caucus de pré-session du PQ dans un hôtel de Laval. Il a ensuite refusé de préciser sa pensée.
Les péquistes semblaient pris de court ce matin par les nominations-surprises de Lucien Bouchard et Diane Lemieux, respectivement à la tête du lobby de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) et de la Commission de la construction du Québec, un organisme gouvernemental.
Pauline Marois et ses députés ont essayé de s'en approprier le mérite. « Je me dis qu'ils font peut-être le même jugement que la population : ça prend des péquistes pour redresser la barre», a réagi Pauline Marois. « Ils ont besoin des péquistes pour se sortir du trouble. Ils recrutent là où les bons éléments se trouvent», a ajouté Bernard Drainville.
Même si les péquistes vantent les « talents » et « grandes qualités » de Mme Lemieux et M. Bouchard, ils s'empressent de préciser que cela ne règlera pas grand-chose. Car la solution reste selon eux entre les mains du gouvernement Charest, qui refuse pour l'instant de décréter un moratoire sur les gaz de schiste ou de déclencher une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction.
Sans une telle enquête, Mme Lemieux ne pourra connaître l'ampleur ni les principaux acteurs de la corruption sur les chantiers, dit Mme Marois.
Quant à Lucien Bouchard, il représente un lobby industriel. Mais c'est au gouvernement d'agir. Ce qu'il ne semble pas vouloir faire, selon elle, estime la chef du PQ. «C'est un véritable cafouillis, c'est lamentable, et nous demandons toujours un moratoire. (...) Et ça, ce n'est pas la décision de M. Bouchard. C'est la décision d'un gouvernement, celui de M. Charest», a-t-elle rappelé. Elle a ouvert son point de presse en offrant ses condoléances à M. Bouchard et sa famille pour le décès de son ancienne femme.
Mme Marois n'a pas voulu dire si cette nomination portait à croire que l'industrie se prépare à négocier un éventuel moratoire. C'est ce qu'avançait hier son porte-parole en matière d'Énergie, Sylvain Gaudreault.
M. Bouchard présidera l'APGQ à partir du 21 février, soit une semaine avant le dépôt du rapport du BAPE sur les gaz de schiste. Mais cela ne sera pas son seul dossier. Il pourrait intervenir dans celui d'Old Harry, un gisement à cheval entre la frontière maritime du Québec et de Terre-Neuve, dans le golfe du Saint-Laurent.
Cela fait plus de 25 ans que Terre-Neuve a signé une entente avec le fédéral qui lui permet d'explorer - et peut-être bientôt exploiter - ce gisement. Pas Québec.
Un moratoire existe dans la portion québécoise du gisement depuis 1998. Il dure jusqu'à l'année prochaine et pourrait être renouvelé. En parallèle, Québec négocie sans succès depuis plus de 10 ans afin d'obtenir une entente similaire à celle de Terre-Neuve.
La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, assure que les négociations débloquent grâce à son nouvel interlocuteur, le conservateur Christian Paradis. Le PQ accuse plutôt le gouvernement Charest de se traîner les pieds.
Bernard Drainville souhaite que l'arrivée de Lucien Bouchard aide à régler le dossier. «Est-ce qu'il est prêt à mener la bataille avec nous, du PQ, pour qu'on obtienne d'Ottawa les mêmes droits que Terre-Neuve a eu?», se demande-t-il.


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