Le Canada en train de se séparer du Québec

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La fracture s’élargit


Je veux revenir sur l’impensable question de la modératrice lors du débat en anglais. Comme Québécois, j’ai été profondément choqué. Comme analyste, j’ai été interloqué.


J’ai voulu laisser retomber la poussière (et ma colère) avant d’écrire. Or une fois la poussière retombée, ce qu’on voit est encore plus grave. Ce n’est pas qu’une indélicatesse envers les Québécois. C’est le signal d’un Canada qui se définit dans un rejet du Québec.


La charge sur le Québec


Revenons aux faits. Avec l’approbation d’un large consortium de médias du Canada anglais, Shachi Kurl a inclus trois choses dans son affirmation. 


1. Une attaque contre la loi 21 qu’elle qualifie de discriminatoire. C’est la moins grave des trois. Elle prend position, ce qui est bizarre pour l’animatrice. Son approche sonne « Québec-bashing ». Mais la loi 21 fait l’objet de débats. Soit.


2. Une attaque aussi ferme contre le projet de loi 96. Bien plus grave. Ce projet de loi représente une mise à jour de la Charte de la langue française. Le qualifier de discriminatoire et marginalisant consiste à nier le droit du Québec à protéger sa langue. C’est mettre un X sur un demi-siècle de notre histoire, sur la loi 101 et sur la possibilité de survie du français sur ce continent.


3. Le pire : le Québec a un problème de racisme. De quel droit la modératrice pouvait-elle lancer une telle accusation envers les Québécois ? Sur quels faits documentés s’appuyait-elle ? Le racisme est un problème qui existe au Canada. Dans certains cas d’ailleurs, les francophones en sont victimes. Mais cette affirmation d’un problème de racisme particulier au Québec est une invective couplée d’un préjugé méprisant.


Finalement, cette intervention de Shachi Kurl n’était pas une question au chef du Bloc, mais plutôt un jugement sur la nation québécoise. 


Au cours des derniers jours, j’ai lu et entendu nombre de commentaires de Québécois fédéralistes qui ont été profondément vexés et attristés par cet événement. On appelle cela le sentiment du rejet. Un sentiment que le Canada auquel vous adhérez s’éloigne de vous.





Ils nous aimaient tant


En repensant à cette scène étonnante du débat, je me suis souvenu du « love-in ». Pour les plus jeunes, il s’agit d’une manifestation lors de laquelle des dizaines de milliers de Canadiens des autres provinces sont venus à Montréal quatre jours avant le référendum de 1995. Pour nous exprimer leur amour, pour nous dire à quel point ils tenaient à garder le Québec dans le Canada.


L’événement était ridicule dès 1995. Mais il l’est encore davantage, vu avec nos lunettes d’aujourd’hui. Je serais tenté de mettre au défi le prochain gouvernement fédéral de faire un référendum dans les neuf autres provinces sur la question : « Voulez-vous garder le Québec dans la fédération ? »


Logiquement, l’animatrice du débat répondrait NON pour nettoyer son beau Canada de cette province impure.


Le Québec a voté NON lors de deux référendums. Curieux retour des choses, c’est le Canada qui est maintenant en train de se séparer du Québec.











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