Pétrole sur le fleuve et sécurité : des ministères fédéraux se contredisent

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Tour de Babel


Pour répondre aux inquiétudes dans la population, Transports Canada affirme que la préparation à d'éventuels déversements d'hydrocarbures sera améliorée entre Montréal et l'île d'Anticosti. Mais la Garde côtière fait circuler une information différente.






« Sécurité de classe mondiale », c'est le nom qu'a donné le gouvernement fédéral à sa nouvelle approche. Il s'agit de mieux planifier les interventions d'urgence en collaboration avec les gouvernements provinciaux, les collectivités locales, les groupes autochtones et l'industrie.



Ottawa répond ainsi aux recommandations de son comité d'experts sur la sécurité des navires-citernes, qui l'avait critiqué, il y a quelques mois, pour avoir un seul et unique modèle de préparation, quelle que soit la région du pays (fleuve, Grands Lacs, eaux profondes...).



Extrait de la présentation donnée par la Garde côtière le 28 mai 2015
Extrait de la présentation donnée par la Garde côtière le 28 mai 2015
 Photo :  Garde côtière


Le 28 mai, lors d'un colloque qui réunissait des élus municipaux, des industriels et des fonctionnaires provinciaux et fédéraux, un représentant de la Garde côtière canadienne a annoncé aux personnes présentes, document à l'appui, que la partie du fleuve entre Québec et l'île d'Anticosti a été désignée comme une des quatre régions du projet pilote. 



Le chef adjoint du Parti vert du Canada, Daniel Green, qui se trouvait dans la salle, est ressorti très étonné : « la zone entre Valleyfield et Québec est autant, sinon plus, à risque que Québec-Anticosti ».



Il s'appuie sur une étude réalisée par la firme WSP (ex-Genivar) à la demande d'Ottawa, en 2013. Elle concluait que l'indice de risque environnemental lié aux déversements d'hydrocarbures était « très élevé » (en rouge sur la carte) tout le long du fleuve.



Carte indiquant l'indice de risque environnemental lié aux déversements d'hydrocarbures. Rouge = très élevé
Extrait du document d'analyse des risques liés aux déversements commandé par Ottawa
 Photo :  WSP


L'étude de WSP estime que le risque d'un déversement majeur (plus de 9000 tonnes) de pétrole brut au Canada est de 1 tous les 242 ans. Pour un déversement de plus de 900 tonnes, la probabilité est de 1 tous les 52 ans.


Le corridor fluvial entre Montréal et Québec doit connaître une intensification des déplacements de navires-citernes à compter des prochaines semaines. L'inversement du flux de la ligne 9B du pipeline d'Enbridge permettra d'acheminer dans la métropole jusqu'à 300 000 barils par jour de pétrole issu des sables bitumineux.



Une partie de ce brut sera chargé sur des pétroliers taille « Panamax » qui feront la navette vers la raffinerie Valero de Lévis, à raison de deux ou trois voyages par semaine. Et c'est sans compter les déplacements de pétroliers au site d'entreposage de Kildair à Sorel-Tracy.



Pétrolier à double coque, munis de plusieurs réservoirs
Pétrolier à double coque, muni de plusieurs réservoirs
 Photo :  Garde côtière


Montréal ou Québec?



Pourquoi exclure le corridor Montréal-Québec de la « Sécurité de classe mondiale », a-t-on demandé à Transport Canada?



« Le secteur initial s'étendait de l'île d'Anticosti à Québec », nous a répondu la porte-parole de Transports Canada, Mélany Gauvin, mais « dans le budget de 2015, le gouvernement du Canada a décidé d'étendre le secteur pilote du Saint-Laurent, de l'île d'Anticosti à Montréal ».



Il n'y a toutefois aucune mention d'un tel changement dans le budget déposé le 21 avril. Certains se demandent pourquoi le gouvernement fédéral véhicule un message différent un mois plus tard devant fonctionnaires, élus et industriels.






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Le maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin ignore toujours si sa communauté va profiter ou non du nouveau projet pilote.






Quant à la présidente de la Société de développement économique du Saint-Laurent, Nicole Trépanier, elle n'en sait pas plus. La présidente de la SODES, qui vient de créer un Bureau d'information maritime, mercredi, pour mieux informer le public, se fait tout de même rassurante : « C'est un nouveau système, mais il ne fait pas disparaître ce qui existe et qui est déjà fort important. » Elle fait référence à la Société d'intervention maritime qui a déjà des équipes le long du fleuve pour intervenir en cas d'urgence.






Au Canada, ce sont les compagnies pétrolières qui ont la responsabilité première d'intervenir en cas de déversement. Au Québec, elles sous-traitent le travail à la Société d'intervention maritime de l'Est du Canada, la SIMEC. Le fédéral n'a qu'un rôle de réglementation (Transports Canada) et de supervision de l'intervention (Garde côtière).



Même l'industrie demande de la clarté



Le manque de cohérence dans les communications entre la Garde côtière et Transports Canada n'est pas un problème nouveau. Le comité d'experts sur la sécurité des navires-citernes, mandaté par Ottawa, constatait dans son rapport de novembre 2013 un besoin de mieux coordonner les deux instances dans la planification.



Même la compagnie albertaine Suncor recommandait que le Canada ait « une meilleure coordination entre les acteurs gouvernementaux, que ce soit pour l'entraînement, les exercices et la recherche ».




Les quantités de matières dangereuses transportées par navire au Québec sont en augmentation (+17 % entre 2009 et 2011), au même titre que la plupart des autres contenus. En revanche, le nombre d'accidents importants est en baisse grâce au renforcement des mesures de sécurité.






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