La vente de la Banque Laurentienne

Un cas typique de dépossession du Québec par le fédéralisme « canadian »

L'État québécois et la Caisse de dépôt et placement du Québec doivent bloquer la vente

Tribune libre

1. Un morceau du patrimoine québécois;  2. Vente de la Banque Laurentienne;  3. Volonté manifeste des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne de la faire disparaître;  3.1. François Desjardins;  3.2. Rania Llewellyn;  3.3. une banque québécoise dirigée par… des Ontariens!;  4. Argumentation fallacieuse des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne;  5.  Recommandations.


1.  Un morceau du patrimoine québécois 


     La Banque d’Épargne de la Cité et du District de Montréal, rebaptisée Banque Laurentienne du Canada en 1987, a été fondée il y a 180 ans, en 1846, par le second évêque de Montréal, Monseigneur Ignace Bourget, et un groupe de quinze personnalités montréalaises provenant de diverses communautés linguistiques et confessionnelles.


     Monseigneur Bourget a été évêque de Montréal de 1840 à 1876, et il fut l’un des personnages les plus importants de l’histoire du Québec.  Son œuvre épiscopale fut telle qu’elle amènera l’Église catholique à être pendant cent ans l’institution principale du peuple canadien-français dominé.


     Se sont joints aux fondateurs une soixantaine d’administrateurs honoraires, dont Louis-Hippolyte La Fontaine, un des deux premiers ministres du Canada-Uni de 1842 à 1843 et de 1848 à 1851 (La Fontaine:  premier ministre du Canada-Est, terme utilisé de 1841 à 1843 après l’Acte d’Union de 1840 à la place du terme Bas-Canada, soit la partie sud du Québec actuel; et Robert Baldwin:  premier ministre du Canada-Ouest, terme utilisé à la place de Haut-Canada, soit la partie sud de l’Ontario actuel); Louis-Joseph Papineau, figure clé de la rébellion des Patriotes (1837-1838), qui dut ensuite s’exiler pendant sept ans aux États-Unis puis en France, et qui revint à Montréal en 1845 après avoir été amnistié; et George-Étienne Cartier, qui a participé à la rébellion des Patriotes, qui, après une période d’exil, est revenu à Montréal et est devenu premier ministre du Bas-Canada (Canada-Est) de novembre 1857 au 2 août 1858 et du 6 août 1858 à 1862 (John A. Macdonald était dans le même temps premier ministre du Haut-Canada [Canada-Ouest]), et qui sera ensuite considéré comme un des pères les plus importants de la Confédération canadienne de 1867 aux côtés de Macdonald et de George Brown.


     La Banque Laurentienne a été en 1987 la première banque canadienne à relier toutes ses succursales par un système informatique.  Elle a été inscrite à la Bourse de Montréal en 1965.


     Elle est aujourd’hui la troisième plus ancienne entreprise privée au Québec. (1)


     Ainsi, la Banque Laurentienne représente carrément un morceau du patrimoine québécois.


2.  Vente de la Banque Laurentienne


     La Banque Laurentienne du Canada est une banque québécoise qui a son siège social à Montréal.


     Or, ses portefeuilles de services bancaires aux particuliers et aux PME ainsi que son portefeuille de prêts syndiqués (prêts accordés par plusieurs établissements financiers) seront prochainement vendus à la Banque Nationale du Canada, dont le siège social est également à Montréal.  Environ 260 000 clients de la Banque Laurentienne sont touchés par cette vente.


     Ce sont 700 employés sur les 2800 de la Banque Laurentienne qui perdront ainsi leur emploi.  Ces 700 employés travaillent dans les 58 succursales de la Banque Laurentienne, qui sont toutes situées au Québec et qui vont toutes fermer.


     La Banque Laurentienne restera en opération seulement avec ses activités commerciales et en tant que filiale de la Banque Fairstone.  Ses activités commerciales se font partout au Canada, mais principalement au Québec et en Ontario, ainsi qu’aux États-Unis.


     La Banque Fairstone est le plus important prêteur alternatif au Canada.  Les gens qui ont de la difficulté à obtenir un prêt traditionnel auprès des institutions financières classiques peuvent obtenir un prêt « alternatif » par exemple à la Banque Fairstone, à un taux d’intérêt généralement plus élevé qui peut aller jusqu’à 20 ou même 30 %.


     Le siège social de la Banque Fairstone est actuellement à Toronto, mais il déménagera à Montréal dans le cadre de cette transaction.


     Ces transactions, dont l’accord a été annoncé le 2 décembre 2025, restent cependant encore à être approuvées par les organismes de réglementation (notamment le Bureau de la concurrence, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et le ministre des Finances du Canada) et les actionnaires de la Banque Laurentienne.


     Une assemblée extraordinaire des actionnaires de la Banque Laurentienne se tiendra le 5 février 2026 pour qu’ils puissent voter en faveur ou contre ces transactions.


     La clôture des transactions devrait se faire d’ici la fin de 2026.


     La Caisse de dépôt et placement du Québec est le principal actionnaire de la Banque Laurentienne avec environ 8 % des actions.  Elle s’est déjà prononcée en faveur de la transaction à condition que ce soit garanti que le siège social de la Banque Laurentienne (activités commerciales) demeure au Québec, et que le siège social de la Banque Fairstone déménage à Montréal.


3.  Volonté manifeste des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne de la faire disparaître


     Plusieurs indices montraient depuis nombre d’années la volonté des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne de nuire à cette banque dont ils avaient la responsabilité de diriger honnêtement.


3.1.  François Desjardins


     En juillet 2019, les services au comptoir de la Banque Laurentienne étaient éliminés dans presque toutes les succursales, les clients devant se tourner vers les guichets automatiques ou les services en ligne.  Les seuls employés qui restaient en succursale étaient des conseillers financiers.    


     La Banque avait annoncé à la fin du mois d’août 2017 cette stratégie d’éliminer tous ses services bancaires au comptoir avant le 31 décembre 2018, abolissant ainsi 150 emplois.  Dans l’année précédant cette annonce, la Banque avait de plus fusionné 41 succursales, provoquant 300 mises à pied.  Son bénéfice au trimestre précédant cette annonce était de 55 millions $, soit 21 % plus élevé qu’au trimestre correspondant de l’année précédente. (2)     


     Les services aux particuliers ont toujours été très importants pour la Banque Laurentienne, surtout dans la région de Montréal où se situe la majorité de ses succursales, mais elle a radicalement dégradé ces services dans un virage à 180 degrés.


     Beaucoup de clients, surtout des personnes âgées mais pas uniquement elles, ont toujours besoin d’accompagnement d’un caissier pour leurs transactions, ce qui n’est pas le cas avec les guichets automatiques.  De plus, nombre de guichets automatiques et de succursales ont aussi été fermés.


      Ce plan de transformation a été conçu et géré sous la direction de François Desjardins, président et chef de la direction de la Banque Laurentienne de 2015 à 2020, qui déclarait en 2019, dans une entrevue accordée à Radio-Canada:  « […] nous on est là pour rebâtir la banque pour la prochaine décennie, pas pour le prochain trimestre (3) »; « […] en fait on est en train de bâtir une banque meilleure et différente, une banque basée sur le conseil humain, en succursale, une banque basée sur des services transactionnels, par des voies numériques (4) »…  


      Certes, de plus en plus de gens font leurs opérations bancaires en ligne ou sur leur appareil mobile, et toutes les institutions bancaires ont ainsi effectué un certain virage numérique qui entraînait une réduction des succursales offrant des services bancaires au comptoir; mais seule la Banque Laurentienne a fermé la totalité de ses services au comptoir…


     Les analystes financiers s’entendaient pour dire que cette stratégie de la Banque Laurentienne ne mettait pas en danger son existence à court terme, mais qu’à plus long terme sa survie n’était pas du tout assurée et que ça pourrait être nécessaire qu’elle doive se vendre à une autre institution. (5)


     Voici un bilan de l’« ère » François Desjardins que l’on peut tirer d’un article de Jean-Michel Genois Gagnon dans le Journal de Québec, daté du 15 juin 2020 et intitulé « Le président de la Banque Laurentienne tire sa révérence »:


     Depuis 2016, M. Desjardins a piloté une importante restructuration à la Banque Laurentienne.  Récemment, la direction a choisi de couper de 40 % son dividende en raison de ses performances financières.


     Entre 2016 et 2020, le nombre de succursales du groupe est passé de 145 à 83, le nombre d’employés de 3687 à 3142, ce qui a entraîné des conflits avec les travailleurs, et le nombre de guichets a chuté de 398 à 197.


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     Par ailleurs, en juillet 2019, les services transactionnels au comptoir ont été abandonnés dans la quasi-totalité des succursales.


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     Au cours de son dernier trimestre, la direction de la banque fondée en 1846 a vu son bénéfice atteindre 8,9 millions $.  Il s’agissait d’une chute de 79 % par rapport à l’année précédente.


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     Lors de la nomination comme président de M. Desjardins, le titre de la Banque Laurentienne valait plus ou moins 52 $ à la bourse de Toronto.  Il valait, lundi, environ 30 $. (6)         


3.2.  Rania Llewellyn


     En 2020, une présidente et cheffe de la direction (PDG) unilingue anglophone, Rania Llewellyn, a été nommée pour diriger la Banque Laurentienne…; et elle l’a dirigée à partir des bureaux de la banque à Toronto!...


     De plus, le 24 septembre 2023, Llewellyn étant encore présidente et cheffe de la direction, les services bancaires de la Banque Laurentienne ont été paralysés pendant plusieurs jours, ce qui a entraîné une action en recours collectif contre la banque au nom de ses 350 000 clients qui n’ont pu accéder à leur argent pendant tout ce temps… 


     Le 2 octobre 2023, Llewellyn ainsi que le président du conseil d’administration de la banque, Michael Mueller, ont dû démissionner.  Llewellyn a été remplacé par Éric Provost, et Mueller par Michael Boychuk.


3.3.  une banque québécoise dirigée par… des Ontariens!


     Le conseil d’administration de la Banque Laurentienne est composé d’anglophones et de francophones; mais, dans un article du Journal de Québec de 2023 intitulé « La Banque Laurentienne doit rester sous contrôle québécois », l’analyste et chroniqueur économique Michel Girard mentionnait que la Banque Laurentienne était très majoritairement dirigée par des administrateurs et des cadres supérieurs… ontariens!:  « La Banque Laurentienne a beau être « québécoise » avec son siège social, il est pour le moins étonnant de constater qu’elle est toutefois dirigée par une grande majorité d’administrateurs et de cadres supérieurs ontariens. (7) »


     Cette « mainmise » ontarienne et anglophone sur la Banque Laurentienne a été dénoncée par plusieurs.


     Voici ce qu’a écrit Sylvain Larocque dans un article du 20 octobre 2020 du Journal de Montréal intitulé « Une Torontoise qui ne parle pas français dirigera la Laurentienne »:


     Même si la moitié des employés de la Banque Laurentienne travaille au Québec, la nouvelle PDG de l’institution ne parle pas français et réside à Toronto.


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Déplacement vers l’Ontario


     Le comité spécial du conseil d’administration de la banque chargé de trouver un successeur à l’ex-PDG François Desjardins, qui a quitté abruptement son poste en juin, a été présidé par la Torontoise Michelle Savoy.  Le président du conseil de l’institution, Michael Mueller, habite également en Ontario.


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     En fait, depuis quelques années, la Banque Laurentienne est de moins en moins dirigée à partir du Québec.  M. Desjardins résidait lui aussi à Toronto.  Depuis l’an dernier, plus de la moitié des administrateurs et des hauts dirigeants de l’institution vivent à l’extérieur du Québec. (8)                        


     Enfin, voici ce qu’on apprend dans le segment économique d’Yves Daoust sur QUB radio le 3 octobre 2023, qui porte sur la démission de Rania Llewellyn à la suite de la panne informatique de plusieurs jours à la Banque Laurentienne (vidéo intitulée « Banque Laurentienne:  possible parachute doré de 6,7 M $ pour la PDG »):


[…] déjà depuis 2015, l’ancien PDG qui était là à l’époque, M. François Desjardins, avait commencé tranquillement à faire migrer tout vers Toronto, et là, […] quand lui a quitté avec une très très bonne indemnité de départ lui aussi, […] tout le conseil d’administration est anglophone pour une banque dont les clients sont au Québec, et donc là ce qu’on s’aperçoit, c’est que probablement la leçon à tirer de ça c’est que quand ton siège social migre vers Toronto, que ta PDG est unilingue anglophone, et que là il y a des problèmes de cette nature-là qui arrivent [la panne informatique de plusieurs jours], t’as peut-être délaissé ton service à la clientèle au Québec […]. (9)  


     Absolument rien ne nous garantit que la Banque Fairstone, dont le siège social est actuellement à Toronto et dont aucun des actionnaires n’est québécois, ne fera pas tôt ou tard disparaître le nom ou la raison sociale Banque Laurentienne.


4.  Argumentation fallacieuse des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne


     Voici la raison donnée par la Banque Laurentienne pour expliquer la vente de ses portefeuilles de services bancaires aux particuliers et aux PME québécois ainsi que son portefeuille de prêts syndiqués, et du même coup la fermeture de ses succursales toutes situées au Québec:  « En raison notamment d’outils technologiques désuets, « on n’était pas capables d’attirer la nouvelle génération de clientèle », a reconnu mardi le PDG de la Laurentienne, Éric Provost, en entrevue à LCN. (10) »;


     De plus petite taille, la Banque Laurentienne ne pouvait pas se battre à « armes égales » contre les grandes banques canadiennes, selon son patron.  L’institution sera donc scindée en deux et vendue.


     La banque régionale montréalaise n’avait pas les poches assez profondes pour suivre les évolutions technologiques dans l’industrie bancaire.


     « On n’était pas en mesure d’attirer les nouveaux clients, la nouvelle génération de clients, justement parce qu’on avait certaines déficiences en termes de notre offre de produits et surtout en termes de plateformes digitales », a expliqué le président et chef de la direction, Éric Provost, en entrevue mardi. (11)


     Cet argument des hauts dirigeants de la Banque Laurentienne ne vaut rien.  La réalité est qu’ils ont tout fait depuis une dizaine d’années non seulement pour ne pas attirer de nouveaux clients, mais même pour faire fuir ceux qui étaient déjà avec elle.


     En gros, François Desjardins a donné les premiers coups de boutoir pour démolir le réseau de succursales de la Banque Laurentienne, Rania Llewellyn a « brillamment » continué le travail, et Éric Provost ferme aujourd’hui ce qui reste encore du réseau, tout ça avec la bénédiction ou plutôt les directives du conseil d’administration.


     La Banque avait encore en 2021 460 000 clients (12), peu de temps après la fermeture de tous ses services au comptoir pendant l’année 2019 et la nomination en 2020 d’une PDG unilingue anglophone dirigeant la Banque à partir de Toronto. 


     Cette fermeture des services aux comptoirs et cette nomination d’une PDG unilingue anglophone, ainsi que la fermeture de nombreuses succursales, expliquent sûrement la diminution de 110 000 clients entre 2021 et 2023, car, au moment de la panne informatique en 2023, la Banque n’en avait plus que 350 000. 


     Cette panne informatique de plusieurs jours en 2023, qui est quelque chose d’inacceptable pour une institution financière, et la fermeture d’autres succursales ont vraisemblablement entraîné un autre exode des clients et une nouvelle diminution de presque 100 000 clients supplémentaires en deux ans, car il n’y en a plus aujourd’hui, au moment de l’annonce de la vente de la Banque le 2 décembre 2025, que 260 000.  


     Or, selon ce que nous expliquent les hauts dirigeants de la Banque Laurentienne, il faudrait croire que cette diminution en à peine quatre ans de 200 000 clients représentant presque la moitié de la clientèle, soit de 460 000 en 2021 à 260 000 en 2025, serait due à un « retard technologique de la Banque »…


     Si la Banque Laurentienne a un si « grave retard technologique » au niveau de ses services bancaires aux particuliers et aux PME québécois, elle n’en a en tout cas curieusement pas au niveau de ses opérations commerciales…, car elle déclare elle-même qu’elle est très performante à ce niveau!:


Nos moteurs de croissance – les prêts immobiliers commerciaux, le financement d’équipement et le financement d’inventaire – continuent de présenter d’excellents résultats, réalisant une croissance supérieure à 10 % d’un exercice à l’autre.  Ce rendement témoigne de l’efficacité de notre stratégie et de la confiance que nos clients nous accordent. (13) 


     La Banque Laurentienne n’a vraiment aucune raison valable de vouloir absolument fermer ses succursales toutes situées au Québec et vendre ses portefeuilles de services bancaires aux particuliers et aux PME du Québec, et de vendre ses activités commerciales en devenant une filiale de la Banque Fairstone, car, en plus de son excellente performance au niveau des opérations commerciales, elle déclare elle-même n’avoir aucun problème de liquidité!:  « De plus, notre solide situation de fonds propres et de liquidité assure la résilience et la souplesse nécessaires pour réinvestir et saisir des occasions futures. (14) ».   


     De fait, elle a, entre autres, déclaré un résultat net de 139,9 millions $ pour son dernier exercice clos le 31 octobre 2025; elle a régulièrement versé à chaque trimestre de cet exercice un dividende sur ses actions ordinaires tout comme sur ses actions privilégiées; et elle a à son bilan consolidé (non audité) du 31 octobre 2025 des Résultats non distribués de 1,4 milliard $.


     Ses actifs ont augmenté par rapport à l’exercice précédent, comme elle l’indique elle-même: 


Situation financière


Au 31 octobre 2025, le total de l’actif s’élevait à 50,1 milliards $, une augmentation de 6 % comparativement à 47,4 milliards $ au 31 octobre 2024, ce qui s’explique essentiellement par le niveau plus élevé des actifs liquides, particulièrement les valeurs mobilières, et la hausse des prêts. (15) 


     Ajoutons que si la Banque Laurentienne corrigeait le service déficient qu’elle donne depuis nombre d’années à ses clients québécois dans ses succursales toutes situées au Québec, elle pourrait sûrement attirer de nouveaux clients et possiblement récupérer nombre des clients qu’elle a fait fuir; et elle serait ainsi encore plus rentable…


     Dans le document de la Banque Laurentienne « Information sur l’annonce des ententes et FAQ. », on peut lire:


Cette décision a-t-elle été prise sous la contrainte financière?


Non.  Elle découle d’une analyse approfondie de notre rentabilité, de nos requis et de nos prédictions sur la croissance, et non d’un problème de liquidité.  Avec nos ententes auprès d’organisations qui ont l’envergure nécessaire pour réussir dans l’environnement bancaire actuel, nous agissons de manière responsable pour protéger nos clients, nos employés et nos actionnaires.  Nous sommes convaincus que cette décision assure la pérennité de l’institution. (16)


     La haute direction de la Banque Laurentienne se moque vraiment des Québécois.  Après avoir donné depuis une dizaine d’années des services bancaires médiocres à ses clients québécois de ses 58 succursales toutes situées au Québec (il y en avait 145 en 2016 et 83 en 2020…) et qu’elle va cavalièrement fermer en licenciant 700 employés québécois, et après avoir annoncé qu’elle transformera ce qui restera de la Banque Laurentienne en une filiale d’un siège social anglophone d’origine ontarienne (Toronto), dont aucun des actionnaires n’est québécois, et qui va peut-être tôt ou tard finir par faire disparaître le nom ou la raison sociale Banque Laurentienne, les hauts dirigeants de la Banque ont le culot de nous parler de « pérennité de l’institution »…


5.  Recommandations


     Le secteur bancaire canadien est dans une situation d’oligopole.  Il n’y a que peu de banques canadiennes, alors une banque de moins va forcément avoir un impact négatif sur la concurrence, donc sur le coût pour emprunter, les taux d’intérêt sur les dépôts, le service, etc.  Mais le pire sera pour les Québécois, car les 58 succursales de la Banque Laurentienne qui vont fermer sont toutes au Québec.


     En conséquence, le Bureau de la concurrence, autorité indépendante qui fait partie du ministère fédéral Innovation, Sciences et Développement économique Canada, doit refuser cette transaction de la Banque Laurentienne avec la Banque nationale, qui a pour effet de fermer les 58 succursales de la Banque Laurentienne toutes situées au Québec et de restreindre ainsi fortement sans aucune raison valable la compétition dans le secteur bancaire au Québec.


     (Les deux recommandations qui suivent sont trop tardivement adressées à la Caisse de dépôt et placement du Québec, car ce présent texte est daté du 3 février 2026 et l’assemblée extraordinaire des actionnaires de la Banque Laurentienne a lieu le 5 février 2026.)    


     Pour cette même raison et compte tenu que la Banque Laurentienne est un morceau du patrimoine québécois et qu’elle n’a aucune raison valable de vouloir mordicus se vendre, la Caisse de dépôt et placement du Québec doit changer son fusil d’épaule et s’opposer à cette vente de la Banque Laurentienne. 


     Elle doit aussi faire des pressions pour que du « ménage » soit fait dans la haute direction et les administrateurs de la Banque Laurentienne, qui semblent depuis de nombreuses années être davantage attirés par l’Ontario que par une saine gestion québécoise de cette banque patrimoniale du Québec.


     On comprendra, après lecture du présent texte, que la passivité du premier ministre du Québec, François Legault, devant l’annonce de cette vente de la Banque Laurentienne est complètement inacceptable, voire même incompréhensible:  « Legault résigné.  Le premier ministre François Legault a estimé que la transaction « est peut-être la moins pire » possible dans les circonstances. (17) »…


     L’État québécois doit au contraire agir vigoureusement pour bloquer cette vente de la Banque Laurentienne à la Banque nationale et à la Banque Fairstone.


André Lafrenaie


Le 3 février 2026


Notes


1.  Sylvain Larocque, « Voici tout ce qu’il faut savoir sur la vente de la Banque Laurentienne », le Journal de Montréal, 2 décembre 2025, section « Une longue histoire ».


https://www.journaldemontreal.com/2025/12/03/la-banque-laurentienne-demantelee-700-emplois-perdus-et-260-000-clients-touches


2.  Radio-Canada avec les informations de Laurent Therrien, « La Banque Laurentienne annonce la fin des services au comptoir et élimine 150 emplois », Radio-Canada (Montréal), 30 août 2017, article et vidéo de 2 m 7 sec.


https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1053187/banque-laurentienne-numerique-services-banque-emploi-perte


3.  « Entrevue avec François Desjardins », Radio-Canada (Montréal), RDI Économie, 5 juin 2019, vidéo, 1:11 à 1:15 (durée totale:  7 m 27 sec). 


https://ici.radio-canada.ca/rdi/zone-economie/site/segments/reportage/120793/rdi-economie--entrevue-avec-francois-desjardins-


4.  Ibid., 1:25 à 1:35.


5.  Maxime Bertrand, « La Banque Laurentienne vit des jours difficiles », Radio-Canada (Montréal), 30 mai 2019, vidéo, 1:55 à 2:07 (durée totale:  2 m 12 sec):  « Selon les analystes, à court terme, la survie de la Banque n’est pas menacée, mais la pérennité de ses opérations à long terme est loin d’être assurée, et un rapprochement avec une autre institution pourrait s’avérer nécessaire. »


https://ici.radio-canada.ca/info/videos/1-8097193/banque-laurentienne-vit-jours-difficiles


6.  Jean-Michel Genois Gagnon, « Le président de la Banque Laurentienne tire sa révérence », le Journal de Québec, 15 juin 2020, section « Restructuration ».


https://www.journaldequebec.com/2020/06/15/le-president-de-la-banque-laurentienne-tire-sa-reverence


7.  Michel Girard, « La Banque Laurentienne doit rester sous contrôle québécois », le Journal de Québec, 13 juillet 2023, section « Qui voudrait acquérir la Laurentienne? ».


https://www.journaldequebec.com/2023/07/13/la-banque-laurentienne-doit-rester-sous-controle-quebecois


8.  Sylvain Larocque, « Une Torontoise qui ne parle pas français dirigera la Laurentienne », le Journal de Montréal, 20 octobre 2020, début de l’article et section « Déplacement vers l’Ontario ».


https://www.journaldemontreal.com/2020/10/20/banque-laurentienne--premiere-femme-nommee-a-la-tete-dune-grande-banque


9.  « Banque Laurentienne:  possible parachute doré de 6,7 M $ pour la PDG », segment économique d’Yves Daoust sur QUB radio (Montréal), 3 octobre 2023, 2:42 à 3:21 (durée totale:  9 m 18 sec), bande sonore incluse dans l’article suivant:


Julien McEvoy, « Jusqu’à 7 millions $ d’indemnités possibles pour la PDG sortante de la Laurentienne », le Journal de Montréal, 3 octobre 2023.


https://www.journaldemontreal.com/2023/10/03/jusqua-7-millions--dindemnites-possibles-pour-la-pdg-sortante-de-la-laurentienne


10.  Sylvain Larocque, « Voici tout ce qu’il faut savoir […] », début de l’article.


11.  Stéphane Rolland / La Presse canadienne, « La Banque Laurentienne sera vendue à Fairstone et à la Banque Nationale », le Devoir (Montréal), 2 décembre 2025, début de l’article.


https://www.ledevoir.com/economie/938307/banque-laurentienne-annonce-vente-fairstone-banque-nationale


12.  Julien McEvoy, « Inacceptable pour une banque »:  cinq jours de panne qui pourraient faire mal à la Banque Laurentienne », le Journal de Montréal, 28 septembre 2023, début de l’article.


https://www.journaldemontreal.com/2023/09/28/inacceptable-pour-une-banque


13.  Banque Laurentienne, « La Banque Laurentienne du Canada déclare ses résultats pour 2025. », (communiqué de presse), 5 décembre 2025.


https://presse.banquelaurentienne.ca/2025-12-05-La-Banque-Laurentienne-du-Canada-declare-ses-resultats-pour-2025


14.  Ibid.


15.  Ibid.


16.  Banque Laurentienne, « Information sur l’annonce des ententes et FAQ. », dernière mise à jour:  30 janvier 2026, section « FAQ (Foire aux questions) ».


https://www.laurentianbank.ca/fr/aide-faq/acquisition - faq


17.  Sylvain Larocque, « Voici tout ce qu’il faut savoir […] », section « Legault résigné ».


 



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