La bataille de l’indépendance

Un combat qui n’est pas livré ! (suite)

Les occasions manquées

2011 - actualité souverainiste


Je remercie tous les gens qui ont réagi à mon article que Vigile a publié ces jours derniers. À la lecture de ces textes, je me suis senti obligé de leur apporter quelques précisions. Je comprends que tout le monde ne soit pas d’accord avec moi, mais leurs remarques me forcent à préciser ma pensée.
Je dois d’abord formuler une conviction qui commande tout le reste. Ma conviction c’est que si le Québec ne fait pas l’indépendance d’ici une ou deux décennies, il disparaîtra comme société francophone, sera folklorisé et deviendra quelque chose comme la Louisiane. Et si cela se produit au Québec, évidemment, les francophones des autres provinces seront complètement assimilés.
Si l’on veut que le Québec dure, il faut qu’il devienne indépendant, et cela n’est pas facile. L’indépendance du Québec, si elle se fait un jour, sera le résultat d’une bataille ardue, patiente, déterminée. Je dis que la bataille ne se fait pas. N’est pas livrée. J’essaie de préciser en quel sens la bataille n’est pas livrée.
Je crois qu’il faut distinguer deux niveaux dans la bataille pour l’indépendance. Il y a un premier niveau que j’appellerais la conscientisation. Il faut éclairer le peuple québécois afin qu’il prenne conscience de la situation dans laquelle il se trouve. Beaucoup de gens croient que le peuple québécois n’est pas menacé, ou que s’il perd sa langue et sa culture, cela ne porte pas à conséquence.
La bataille pour l’indépendance consiste donc d’abord à faire prendre conscience au peuple québécois de la situation dans laquelle il se trouve. Cette bataille est menée jusqu’à un certain point par un certain nombre de personnes qui sont souvent héroïques, qui interviennent à titre individuel dans les médias, dans certaines assemblées publiques, etc. Elle est menée aussi par toute une série de groupes ou d’organisations consacrés à la libération du Québec. Je pense à Vigile, à Impératif français, à la SSJB, à La Tempête, au groupe de la Presse québécoise, au groupe des Éditions du Québécois, au Mouvement Montréal français, à L’Action nationale, etc., etc. Ces organisations déploient une énergie extraordinaire, souvent dans la précarité et le mépris des gens au pouvoir. Leur rôle est d’éveiller la conscience, d’informer, d’interpeller les Québécois. Leur démarche est de l’ordre de la conscientisation. Démarche pénible et qui devrait être appuyée par les gens au pouvoir, et qui l’est jusqu’à un certain point, mais pas suffisamment, c’est ma conviction.
Le ou les partis politiques qui prônent l’indépendance devraient aussi se préoccuper d’éclairer les citoyens, de leur faire comprendre la situation des Québécois dans le Canada. Par exemple, on n’a pas suffisamment, à mon gré, dénoncé et expliqué publiquement le tripotage de la loi 101 par la Cour suprême. Il aurait fallu dénoncer une par une ces mesures dictatoriales, impérialistes, méprisantes. J’ai fait allusion à l’histoire de Mirabel. Si l’on avait combattu cette dilapidation sur la place publique, on aurait stimulé la conscience nationale des Québécois. Et il faudrait parler du ministère de l’Éducation qui aurait dû prendre des mesures pour améliorer la connaissance de la langue, de l’histoire, de la réalité québécoise.
J’ai toujours pensé aussi que le Parti québécois, quand il était au pouvoir, aurait pu jouer un rôle beaucoup plus important dans les médias. Il n’a pas osé. On pourrait multiplier les exemples. J’en donne un dernier. Un homme d’affaires fédéraliste m’interpellait un jour en me disant: «Vous autres, les indépendantistes, pensez donc à l’avantage qu’a le Québec à faire partie du Canada. Pensez à la péréquation. C’est quatre au cinq milliards par année que nous envoie Ottawa. Il ne savait pas que c’est notre argent qu’on nous remet. Il ne savait pas que le Québec, par ses taxes et ses impôts, envoie un milliard par semaine à Ottawa. Les gens ne savent pas, et on ne le leur dit pas, que Ottawa, avec l’argent des provinces, a participé au financement d’Hydro-Ontario, mais pas à celui de Hydro-Québec, etc., etc. Ce serait le rôle d’un parti indépendantiste d’éclairer les Québécois. Il y a là une bataille à livrer qu’on n’a pas livrée.
Mais surtout, quand je dis que la bataille de l’indépendance n’est pas livrée, je pense à ces moments, à ces occasions où tout était possible et où on n’a rien fait. Je pense à ce qui s’est passé lors du rapatriement unilatéral de la Constitution. La situation était idéale pour passer à l’action. L’Assemblée nationale à l’unanimité refusait ce rapatriement unilatéral. Il fallait porter l’affaire devant la communauté internationale, prendre des mesures, progresser. On a laissé passer l’occasion.
Au lendemain de Meech, évidemment, c’était une autre occasion. Mais il ne fallait rien attendre de Robert Bourassa.
Et en 1995, une autre occasion manquée. Le soir du référendum, le Premier ministre, au lieu de dire: on a perdu à cause de l’argent et des votes ethniques, aurait pu dire: il se passe des choses étranges. Il y a eu les commandites. Les gens des autres provinces sont venus nous dire qu’ils nous aimaient. Ils n’ont pas respecté les lois des élections du Canada, etc. Je vais réunir cette semaine mes ministres et les responsable du référendum, et nous en reparlerons. Tout le monde savait ce soir-là que des choses louches s’étaient passées, et le journal parlera dans les jours qui suivront de 100,00 votes volés. Le livre de Robin Philpot sur le référendum volé n’a jamais été réfuté, à ma connaissance. On n’en parle pas. Une occasion manquée. La bataille n’a pas été livrée.
Une autre occasion se présentera-t-elle? Je ne vois rien qui laisse à penser que l’on prépare une nouvelle occasion. Dans vingt ans, il sera trop tard. Le Québec, ces dernières décennies, a dilapidé un capital politique incroyable. Je voudrais que l’on m’explique que je me trompe.
Paul-Émile Roy


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4 commentaires

  • Marcel Haché Répondre

    5 août 2011


    Le P.Q. peut gagner la prochaine élection. En terme de députés, il n’est pas si loin des libéraux. S’il le peut, il doit la gagner. Le « ça prendra le temps que ça prendra » n’est pas une option pour les indépendantistes. C’est l’option des fédéralistes.
    Certes, à bien des égards, le P.Q. est une vieille picouille. Mais entre fouetter une vieille picouille et fouetter un cheval mort comme le P.L.Q. du West Island, les indépendantistes sont capables d’établir la bonne stratégie. Maintenant que le référendisme est ajourné pour très longtemps au P.Q., tout redevient possible…avec le Pouvoir.
    Le référendisme a agit très longtemps comme une camisole de force. S’il y a eu quelque part une fraude intellectuelle, ce fut bien d’avoir fait croire que le référendum pouvait se substituer à la lutte.
    La gouvernance souverainiste a bon dos. Mais du moins, elle ne pose pas en dogme, comme a pu le faire le référendisme. C’est simplement la stratégie du « ici maintenant » : pas à Gaza ni en 2005, mais au Québec en 2011.
    Pour le reste, le programme ? Quand cela a-t-il été le déterminant auprès de l’électorat ?

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    5 août 2011

    Premier constat: Donc depuis 1995, il est clair qu'on a frappé le mur de la Realpolitik: On a jamais été dans un rapport de force favorable pour réaliser un changement de statut.
    Deuxième constat: C'est à partir du déterminant politique de l'État que l'on peut bâtir le rapport de force avant de passer à l'acte.
    Le Plan Marois résulte de ces deux constats. S'agit il d'une stratégie d'État. Jugez en vous même:
    http://www.vigile.net/Le-difficile-changement-de
    (ce texte fait partie du débat)
    Le direction politique du PQ a t elle la crédibilité pour porter ce plan. Cela fera l'objet de mon prochain texte.
    JCPomerleau
    P.s Je lis des multitudes de textes sur le thème Pauline la pas fine, mais pas encore un qui nous dis comment on bâtis un rapport de force (rien à voir avec la littérature)

  • Archives de Vigile Répondre

    5 août 2011

    Message à J.C. Pomerleau
    [1] Je ne sais si vous avez eu l'honnêteté de lire ma série d'articles sur la gouvernance dite "souverainiste", mais vous n'avez pas eu jusqu'à maintenant le courage d'y répondre.
    [2] Vous répétez ad nauseam qu'il faut changer le rapport de force tout en affirmant comme une pétition de principe que seule la gouvernance provinciale dite "souverainiste" pourra le faire.
    [3] Je pense que vous avez le fardeau de preuve de démontrer par des faits et des arguments solides que ce plan changera vraiment le fameux rapport de force que vous invoquez dans vos écrits.
    [4] Faites-le et je vais répondre à vos arguments. Je ne peux pas répondre sur des spéculations, de la science fiction ou sur l'ésotérisme basée sur la voyance d'une boule de cristal.
    [5] Moi je pense au contraire que la seule façon de changer le rapport de force c'est de prendre le taureau par les cornes, de mettre le cap sur l'indépendance, sur la présentation d'un projet de pays, d'un véritable programme d'État et de faire une élection décisionnelle sur cela.
    [6] De toute façon, même si votre stratégie était la bonne - et je ne suis pas de cet avis - votre porteur de ballon est déficient. C'est la défaite assurée, à moins d'un miracle. Êtes-vous croyant?
    Pierre Cloutier

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    5 août 2011

    ''(...) Dans vingt ans, il sera trop tard. Le Québec, ces dernières décennies, a dilapidé un capital politique incroyable. Je voudrais que l’on m’explique que je me trompe.''
    Paul-Émile Roy
    ...
    L'erreur, croire qu'on a 20 ans pour réagir, alors que notre destin se jouera à la prochaine élection.
    L'autre erreur, c'est l'illusion qu'il suffit de convaincre une majorité démocratique pour accéder à la souveraineté. Seul un rapport de force favorable mène à u n changement de statut d'un État, et il tarde de faire le constat qu'il n'a jamais existé. Cela ne sert donc à rien de vouloir en blâmer toute un chacun, il faut sortir de ce piège du ressentiment dans lequel l'histoire nous a confiné.
    Et se demander la question fondamentale: Quel stratégie pour bâtir le rapport de force favorable ?
    JCPomerleau