Rentrée au PQ

Des Etats-généraux? La recette de l’échec!

États généraux sur la souveraineté


Pour le Parti québécois, le statu quo n’est pas une option. Si la chef, les députés, le parti veulent redevenir compétitifs d’ici l’élection, ils doivent agir de manière déterminée et visible pour modifier l’image catastrophique créée depuis le printemps par la cascade de démissions. Comment ? J’y reviendrai.


Mais disons tout de suite pour faire quoi. Pour être à nouveau écoutés par l’opinion, y compris et surtout par les quelque 50% de francophones favorables à la souveraineté et les 60% d’insatisfaits de Charest, ils doivent exister à l’extérieur des débats avec les dissidents. Ils doivent établir une conversation forte entre eux et leur électorat potentiel. Ils doivent cesser de discuter avec ceux qui les ont quittés au printemps.
On comprendra que j’estime que Pauline Marois a commis une erreur en affirmant qu’elle appuyait la tenue d’Etats-généraux sur la souveraineté, ajoutant ensuite qu’elle ne modifierait pas sa stratégie. Car quel serait le but de ces Etats-généraux (EG), sinon de définir une stratégie ? Donc d’en choisir une autre que celle adoptée ce printemps par le PQ? Donc de forcer la principale formation souverainiste, son chef, ses députés, ses militants à changer de cap ?
Un processus non démocratique
Il y a à mon avis au moins deux raisons pour lesquelles il ne faut pas tenir ces EG. D’abord parce qu’ils souffriraient d’une grave crise de légitimité. Car de quoi s’agit-il ? Depuis 18 mois, les quelque 100 000 membres du PQ et leurs délégués ont été invités à discuter d’une proposition stratégique.
Ils ont rapidement su qu’il y avait des opposants: Jacques Parizeau et Bernard Landry ont envoyé des signaux publics clairs, 50 jeunes souverainistes ont publicisé une lettre, la députée Lisette Lapointe a eu le cran de présenter une proposition de modification et de la défendre, comme l’a fait de son côté le SPQ libre. Les médias ont largement relayés ces oppositions, les délégués ne pouvaient les ignorer. Mais ces propositions ont été rejetées par les délégués lors des congrès locaux et régionaux, puis au Congrès général.
Je ne porte pas de jugement sur la qualité des propositions — j’ai déjà écrit que celle de Mme Lapointe me paraissait bénigne, j’ajoute que celle du SPQ libre avait du mérite. Mais ils ont perdu. Ils ne sont pas contents. (On rétorque que la direction a limité injustement les débats au Congrès général mais, au PQ, rien ne peut arrêter un mouvement de fond, et celui-là n’en était pas un.)
Une partie de ces perdants du débat voudrait maintenant rediscuter, mais d’égal à égal, avec les représentants du PQ. Ils veulent faire valider leurs positions – contradictoires entre elles — dans un forum qui ne présente aucune des balises démocratiques du débat qui a eu lieu l’an dernier. Il n’est par exemple aucunement question de pondérer les droits de vote de ces EG en fonction de la représentation (du membership) effectif de chacun des groupes. On comprend pourquoi. Le PQ y serait nettement majoritaire. Sa stratégie serait adoptée. Les mécontents devraient quitter les EG !
L’architecture de l’échec
La seconde raison pour laquelle le PQ doit impérativement retirer son doigt de cet engrenage (et le Conseil de la souveraineté avec lui) est que l’échec d’EG, même dans sa configuration non-démocratique, est assuré. Lorsqu’on ouvre un processus visant une convergence, sinon un consensus, on envoie un signal clair à l’opinion. On s’impose un test qu’on se fait fort de réussir. On espère que cette réussite convaincra l’opinion que nous sommes dignes de sa confiance. (Les négociations PQ-Bloc-ADQ au printemps 1995 sont l’exemple type. Lorsqu’on s’y est engagés, les chances de succès étaient très élevées, même si ce fut parfois laborieux.)
Il est illusoire de croire qu’une série de réunions, si riches soient-elles, puisse modifier la position de ceux qui font un procès d’intention (Mme Marois et son équipe ne veulent pas faire la souveraineté, disent certains) ou qui ont bloqué leur opinion (Mme Marois et son équipe voudraient-ils la souveraineté, ils en seraient incapables).
Comment l’opinion décidera-t-elle si les EG sont un succès ou un échec ? En écoutant ce qu’en pensent, au final, les dissidents les plus connus et les plus médiatisés: les quatre démissionnaires du printemps, toujours députés. Et que diront-ils ? Louise Beaudoin n’a pas quitté pour des raisons tenant à la stratégie souverainiste. Mais Pierre Curzi et Jean-Martin Aussant affirmeront que, quelle que soit la qualité des recommandations des commissaires, rien ne peut être entrepris tant que le PQ ne change pas de chef. Donc, ils ne se rallieront pas. Lisette Lapointe a passé le point de non-retour dans ses rapports avec Pauline Marois. Rien ne peut la convaincre de s’unir avec elle. Donc, ce sera non.
Bref, nous pouvons dire dès maintenant que l’organisation d’EG attirera l’attention de l’opinion, oui. Pendant tout son déroulement, les EG donneront aux dissidents une tribune, une caisse de résonance, dans un processus légitimé par le PQ et le Conseil de la souveraineté. Puis, au final, l’opinion assistera au spectacle prévisible du refus des dissidents les plus audibles à se rallier au résultat, si résultat il y a.
L’erreur, donc, est de tenter de susciter une entente sur la démarche. On ne voit d’ailleurs pas comment la seconde organisation souverainiste en importance, Québec solidaire, pourrait solder la démarche qui se trouve dans son propre programme, voté démocratiquement par ses membres: la souveraineté par assemblée constituante (je reviendrai sur cette proposition un autre jour).
Les électeurs potentiels concluront que les souverainistes sont toujours aussi chicaniers, sont incapables de s’entendre entre eux, même lorsqu’ils s’y astreignent, ne sont donc pas de la trempe des gens qu’on veut voir à la tête d’un gouvernement, encore moins des bâtisseurs de pays.
La convergence des souverainistes
Cela signifie-t-il que le PQ est enfermé dans la stratégie adoptée au Congrès ? Non. Comme l’a utilement rappelé le chroniqueur Michel David samedi dernier, Jacques Parizeau avait, pendant la campagne et après son élection de 1994, en consultation avec ses députés et militants, adapté sa stratégie aux fluctuations de la conjoncture.
Qu’on en pense ce qu’on voudra, la “gouvernance souverainiste” ouvre au PQ un corridor assez large. La direction du parti peut décider de préciser, d’infléchir, d’illustrer. Il peut même décider de consulter. Il ne fait pas de doute dans mon esprit que, pour rétablir son autorité et sa crédibilité sur le thème même de la souveraineté, Pauline Marois, son caucus et sa structure militante devront être plus explicite sur ce que signifie, concrètement, leur démarche, à mesure que l’échéance électorale s’approchera.
Comment composer avec les autres groupes souverainistes ? Pas en travaillant sur ce qui divise (la démarche) mais sur ce qui rassemble: la destination.
Les partis et groupes souverainistes ont collaboré depuis deux ans autour de thèmes commun, dont la langue. Ils l’ont fait aussi pour une université d’été des jeunes souverainistes.
Si Mme Marois et le parti, dont les présidents sont réunis ce samedi, veulent démontrer qu’ils sont sérieux lorsqu’ils affirment désirer ardemment, et le plus vite possible, l’indépendance, qu’ils annoncent leur volonté de développer une activité de promotion multiforme et constante de la souveraineté. Qu’ils proposent la production et la diffusion de documents, la multiplication des semaines de la souveraineté dans les établissements post-secondaires, le soutien à des tournées d’artistes pour la souveraineté. Qu’ils annoncent l’organisation de fin de semaine de formation régionales de jeunes militants, quoi d’autre encore ? Et qu’ils proposent aux autres souverainistes de collaborer avec eux, via le Conseil de la souveraineté, dans chacune des étapes du processus, de la conception à l’exécution.
Voilà ce dont le mouvement a besoin. Davantage de souverainistes. Pas davantage de zizanie.
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Vous lisez la série Rentrée politique 2011:
Déja parus:
1. La forêt qui cache l’arbre
_ 2. L’annonce de la mort du PQ est-elle prématurée
_ 3. Des Etats-Généraux? La recette de l’échec
Demain:
4. Comment le PQ peut retrouver le chemin des électeurs

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Jean-François Lisée297 articles

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Ministre des relations internationales, de la francophonie et du commerce extérieur.

Il fut pendant 5 ans conseiller des premiers ministres québécois Jacques Parizeau et Lucien Bouchard et un des architectes de la stratégie référendaire qui mena le Québec à moins de 1% de la souveraineté en 1995. Il a écrit plusieurs livres sur la politique québécoise, dont Le Tricheur, sur Robert Bourassa et Dans l’œil de l’aigle, sur la politique américaine face au mouvement indépendantiste, qui lui valut la plus haute distinction littéraire canadienne. En 2000, il publiait Sortie de secours – comment échapper au déclin du Québec qui provoqua un important débat sur la situation et l’avenir politique du Québec. Pendant près de 20 ans il fut journaliste, correspondant à Paris et à Washington pour des médias québécois et français.





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