Layton dans le piège-à-démocrates #C-20

2 mai 2011 - NPD - écueil en vue...



Normalement il y a le chemin de croix, la mort, puis la résurrection. En ce qui concerne sa position sur la majorité requise pour la souveraineté du Québec, Jack Layton n’a pas suivi l’ordre.
Il y a bien eu la mort, puis la résurrection, mais c’est seulement après qu’a commencé son chemin de croix. Je m’explique.
Mort. Mercredi dernier dans cet espace j’ai annoncé le décès de la position pro-Québec du NPD. La veille, Layton avait refusé, à neuf reprises, de réitérer l’élément le plus audacieux de la “Déclaration de Sherbrooke”, celui indiquant qu’en cas de référendum québécois, une majorité de 50% +1 serait reconnue comme valide par le NPD.
Résurrection. Il n’aura fallu que 24 heures pour que le tollé combiné de tous les partis à l’Assemblée nationale, de plusieurs commentateurs dont votre humble serviteur et, on le présume, d’une mauvaise humeur de plusieurs députés NPD québécois pour que Jack Layton reconnaisse son erreur et annonce, devant la presse parlementaire, que la position du NPD était de respecter le 50% + 1, point à la ligne. Bravo.
Chemin de croix. Puis, le chemin de croix a commencé. Dans la twittosphère, un des chroniqueurs les plus suivis au Canada anglais, Andrew Coyne, a dégainé son C-20 pour affirmer:

“Le leader d’un parti qui démantèlerait le pays sur le vote de la moitié d’une province est simplement inéligible pour être Premier ministre.”

Coyne, connu pour avoir écrit dans Maclean’s que les Québécois étaient “pathologiquement corrompus” reflète le consensus canadien-anglais selon lequel la loi -Chrétien qui donne au Canada anglais droit de véto sur l’avenir du Québec, adoptée en 2000 par tous les partis sauf le Bloc, est une bonne loi.
Ils ont cependant raison de souligner qu’on ne peut être à la fois en faveur de la loi Dion-Chrétien et en faveur du respect d’une décision à 50% +1. En fait, la loi oblige le Parlement fédéral, après un référendum, à consulter très largement puis à déterminer si, oui ou non, la majorité québécoise favorable à la souveraineté constitue réellement une volonté de quitter la fédération. (Et ce, même si les parlementaires canadiens avaient validé, au préalable, le libellé de la question.)
Le piège de C-20
Donc, un futur gouvernement NPD qui accepterait la réponse québécoise sans avoir préalablement modifié la loi Dion-Chrétien sur ce point (et plusieurs autres points), ferait immédiatement face à des recours légaux.
Pire: ces recours légaux seraient intentés même en cas de modification de la loi, car la Cour suprême a statué que les acteurs politiques doivent juger de la “clarté” de la réponse, ce qui ne pourrait être fait, diront les mécontents, avant la tenue du vote.
Bref, même un Jack Layton démocrate vivrait un réel calvaire pour affirmer sa position — qui est pourtant largement reconnue et appliquée dans tous les référendums d’indépendance organisés sous l’égide de l’ONU depuis les années 1990. (Et c’est pourquoi j’ai écrit ici que seule une médiation internationale permettrait aux élus canadiens de s’extraire de l’absurde camisole de force que constitue la loi C-20.)
Il y a deux ou trois personnes intelligentes autour de Jack Layton qui, je le présume, lui ont expliqué ces difficultés et c’est pourquoi il refuse d’affirmer qu’il est contre ou qu’il modifiera la loi Dion-Chrétien.
Ce qui fait que la pauvre Peggy Nash, députée torontoise du NPD, fut envoyée au front pour expliquer la position néodémocrate. Sa seule défense fut de refuser systématiquement de répondre, à la CBC, à savoir si le 50%+1 contredisait, ou non, la loi Dion-Chrétien.
Jack Layton, closet separatist ?
Le National Post a pris le relai et, sous le titre “Jack Layton, un séparatiste dans le placard?“, l’ineffable Lorne Gunther écrit que
“sur la plupart des positions constitutionnelles importantes, le NPD est aussi nationaliste que les séparatistes du Bloc Québécois.”

Compte-tenu de la source (Hunter), cela n’est pas très grave. Plus important fut la chronique publiée samedi dans le même quotidien par le commentateur probablement le plus estimé chez nos voisins, Rex Murphy. Ses délicieux billets politiques produits chaque semaine au National (la version CBC du Téléjournal) sont, comment dire?, un délice.
Sous le titre “L’agenda caché de Jack Layton pour le Québec”, Murphy est aussi vitriolique que Hunter.
“Interrogé sur des questions de base, comme s’il appuyait la loi sur la Clarté, sur ce qui constitue une ‘majorité claire’ dans un vote sur la séparation du Québec, sur l’existence dans son nouveau caucus de séparatistes purs-et-durs, Layton s’esquive. Je ne croyais pas que ce serait possible, mais il nous fait regretter la relative lucidité de ce grand esprit logique qu’était Jean Chrétien. [...]
Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas nous permettre, une Opposition officielle qui ne défend que mollement le fédéralisme [...]. La performance de Jack Layton cette semaine nous porte à croire que le chef de l’opposition a besoin de sa propre, personnelle, Loi sur la Clarté — pour clarifier ce qui est attendu de lui dans son nouveau rôle.”

Députés fédéralistes NPD du Québec: levez-vous !
Ce qui s’écrit dans les gazettes est une chose. Ce qui se passera dans les corridors du Parlement en sera une autre. Comme l’écrivait Dan Arnold, aussi dans le National Post, dans le passé:
Le NPD s’en est donné à cœur joie pour diviser le parti libéral chaque fois que possible. Maintenant, les Libéraux ont une chance en or de leur donner la monnaie de leur pièce [...]. Il ne sera pas difficile de lancer quelques grenades fédéralistes dans la tente du NPD — quelques motions mal intentionnées déposées lors des journées de l’opposition feront l’affaire.

Arnold avait titré son texte: “Quelles sont les chances que leur position sur le Québec explose au visage du NPD ? 50%+1″. En clair, les Libéraux, et d’ailleurs les Conservateurs, n’auraient qu’à déposer une motion demandant au Parlement de réitérer son appui à la loi Dion-Chrétien.
Puis, sourire au lèvres, ils regarderont qui, dans le caucus néo-démocrate, vote oui, non, ou s’abstient…. Les chances que cela se produire sont, à mon humble avis, de beaucoup plus que 50%+1.
Un indice, ce dimanche, à l’émission politique hebdomadaire Question Period, le député libéral et probable candidat à la chefferie Dominic Leblanc a tiré la première salve:
On ne peut pas être à moitié enceinte sur cette question. Ou bien vous êtes préparés à défendre le fédéralisme au Québec ou vous ne l’êtes pas. Cela inclut la Loi sur la Clarté. [...]
J’aimerais voir tous les membres du caucus du NPD se lever et dire qu’ils croient au fédéralisme, qu’ils croient à la Loi sur la Clarté et qu’ils sont prêts à se battre pour le Canada au Québec.

Puis il a ajouté, comme si c’était nécessaire: “Le NPD est dans le trouble”.

Squared

Jean-François Lisée297 articles

  • 180 197

Ministre des relations internationales, de la francophonie et du commerce extérieur.

Il fut pendant 5 ans conseiller des premiers ministres québécois Jacques Parizeau et Lucien Bouchard et un des architectes de la stratégie référendaire qui mena le Québec à moins de 1% de la souveraineté en 1995. Il a écrit plusieurs livres sur la politique québécoise, dont Le Tricheur, sur Robert Bourassa et Dans l’œil de l’aigle, sur la politique américaine face au mouvement indépendantiste, qui lui valut la plus haute distinction littéraire canadienne. En 2000, il publiait Sortie de secours – comment échapper au déclin du Québec qui provoqua un important débat sur la situation et l’avenir politique du Québec. Pendant près de 20 ans il fut journaliste, correspondant à Paris et à Washington pour des médias québécois et français.





Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé