Le frigidaire de François Legault

François Legault, ex-aspirant à la chefferie du Parti québécois, manifeste clairement par sa déclaration voulue et certainement calculée, qu’il y a un profond malaise au Parti québécois

Comprendre notre intérêt national

La proposition de François Legault de mettre la souveraineté du Québec au frigidaire a soulevé des remous dans le caucus de son propre parti.
Celui-ci, selon ce que les journalistes en ont rapporté, s’est plié à un
exercice particulier à la chapelle péquiste : expliquer ce bavardage au
grand jour, devant les journalistes et la presse écrite en sus. L’affaire a
été vite étouffée. François Legault n’a pas commenté sa déclaration
publique à la fin du caucus. Aucun député n’a manifesté publiquement son opinion au sujet de cette prise de position fort particulière. Rien. Le
jargon habituel, comme toujours : tout est entré dans l’ordre.
Pauline Marois, pour faire taire toute grogne à l’intérieur de ses troupes
affaiblies, a annoncé une tournée automnale pour promouvoir la
souveraineté. De plus, elle prévoit le lancement d’un manifeste politique
(un autre!) afin de mettre à jour l’argumentaire en faveur de la
souveraineté du Québec, et cela, en pleine campagne électorale fédérale.
François Legault, ex-aspirant à la chefferie du Parti québécois, manifeste clairement par sa déclaration voulue et certainement calculée, qu’il y a un profond malaise au Parti québécois. Ce parti, depuis la défaite cuisante de mars 2007, relégué au poulailler de l’Assemblée nationale, semble avoir perdu son enthousiasme des belles années. La constatation de l’ancien Ministre de la Santé et de l’éducation du Québec ne verse pas dans la dentelle. Il ne dit rien de moins que le PQ n’est plus crédible en matière de souveraineté, constatant sur le terrain, qu’à force d’en avoir trop longtemps parlé, d’en avoir mal parlé, d’avoir cessé d’en parler, que les gens et surtout les militants les plus fervents, ne croient plus que ce parti va les conduire un jour à l’indépendance nationale. Il vient de donner raison à René Lévesque : un parti qui ne réalise pas ses objectifs en trente ans, doit se saborder. Bref, le PQ, qui doit fêter ses 40 ans d’existence en octobre 2008 a trouvé un façon originale de célébrer : cesser de parler de ce qui fût jadis sa raison d’être.
François Legault dit qu’il faut recommencer le film du «bon gouvernement» de René Lévesque avant de recommencer à proposer un projet aussi emballant qu’incertain, la souveraineté du Québec. En ce sens, il ne fait que copier le chef de son Parti qui, sans consulter les membres de sa formation, a décidé d’abandonner l’article I de son programme politique et de remettre les hostilités aux calendres grecques. En d’autres mots, Pauline Marois avait déjà mis le frigidaire en place dans la cuisine péquiste avant même que François Legault affirme, devant les micros de la presse, que temps est venu d’ouvrir la porte et d’y engouffrer ce qu’il reste de victuailles.
René Lévesque avait proposé, avant l’élection de 1976, un scénario
semblable. Lors des scrutins de 1970 et 1973, le chef fondateur du PQ
martelait sans cesse qu’on ne pouvait pas être un «bon gouvernement» dans le régime fédéral actuel. Cette «maison de fous», comme il se plaisait à l’appeler, avait, selon lui, en sa possession, les meilleurs outils et les principaux outils du développement du Québec. La province ne pouvait réaliser de bonnes performances gouvernementales qu’en rapatriant tous ses pouvoirs. Lors du scrutin de 1976, un certain Claude Morin l’avait convaincu de faire l’opération inverse : le Québec devait montrer qu’il était capable de s’administrer et par la suite, voyant les performances de ce dernier, les gens opteront plus facilement pour l’indépendance. René Lévesque et son équipe réalisa un nombre impressionnant de belles choses. Venu le temps de leur demander au peuple de faire mieux hors de la Fédération canadienne, les électeurs lui ont dit : non ! Le bon gouvernement a joué contre ce qui devait être le grand projet de René Lévesque. Pourquoi sortir de la Fédération canadienne quand un gouvernement arrive à faire autant de grandes réalisations, en si peu de temps? Bourgault avait dit qu’il fallait prendre le pouvoir, non pas pour faire mieux que les autres, mais autrement que les autres. Lévesque et les autres à sa suite ont fait mieux que tous les gouvernements précédents. Mais ils n’ont pas réussi à faire autrement.
Après avoir fait le tour du jardin, n’ayant pas d’autres avenues que de
reprendre les anciennes routes empruntées, le PQ, sans objectif précis,
sans discours bien articulé, retourne dans ses anciennes ornières. Bien des soldats sont fatigués des manœuvres plus ou moins habiles des assoiffés du pouvoir que sont devenus les têtes dirigeantes de cette formation politique. Les jeunes, essaient, tant bien que mal, de prendre la relève. Généreux et enthousiastes comme peut l’être une armée juvénile, elle constate rapidement que, sans général et plan de guerre, la lutte à faire restera sur papier, dans les cartons du classeur du chef qui aspire bien plus à devenir la première femme à diriger le Québec qu’à les mener sur les champs de bataille où se joue présentement leur propre avenir.
Legault, et tant d’autres en sourdine et qui n’osent pas se manifester à
cause de certains privilèges personnels auxquels ils tiennent mordicus, a
mis au grand jour ce que l’on peut constater au quotidien. Le projet
indépendantiste s’étiole, s’affaiblit, non pas parce que le projet n’est
pas emballant – un peuple qui se libère est une chose unique dans
l’histoire – mais parce que ceux qui se disent les porteurs et les uniques
porteurs de ce projet, ont cessé eux-mêmes d’y croire. Lorsqu’on met des aliments au congélateur, c’est pour les conserver longtemps. Si le projet de l’indépendance du Québec est renfermée pendant des années, il peut arriver qu’on oublie qu’il est là et que les gens s’attroupent à une autre table, le menu semblant plus intéressant.
Certains convives sont en train de recommencer autrement et ailleurs.
Peut-on leur reprocher? Lorsque le menu ne convient plus, on ne retourne pas à la table où l’on a poiroté tant de fois. Il y a des limites à se faire avoir. Plusieurs conviennent que le scénario a assez duré et ne
veulent pas le recommencer. Plusieurs ont tourné la page et sont entré dans l’anonymat. Des jeunes froussards relèvent le défi. Il faut leur souhaiter bonne chance et bien du courage. Car la lutte politique a ses hauts et ses bas. Dans ces temps-ci, elle est dans le très-bas. Et ce n’est pas avec des gestes de gouvernance «maroisienne» que l’enthousiasme reviendra.


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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    31 août 2008

    Ah oui, j'oubliais: il y a aussi "l'emballage sous vide" pour prolonger la fraicheur. Ça ressemble pas mal à la stratégie actuelle du PQ!

  • Archives de Vigile Répondre

    31 août 2008

    La souveraineté au frigidaire ou au congélateur? Faudrait s'en assurer parce que la date de péremption ne serait pas la même! On pourrait aussi se demander si l'indépendance est un plat qui se mange froid. Je pense que oui.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 août 2008

    M. Turcotte écrit à la fin : "Des jeunes froussards relèvent le défi. Et ce n’est pas avec des gestes de gouvernance « maroisienne » que l’enthousiasme reviendra."
    Je ne comprend pas le mot froussard dans le contexte. Est-ce que vous voulez dire : BRAVE ?
    Si ce n'est pas avec les gestes de gouvernance «maroisienne» que l'enthousiasme viendra, c'est par quoi ? Mme Marois a droit à la chance du coureur.