Les irresponsables

Sortie de crise




Dans l’état actuel des finances publiques, la décision des libéraux de baisser les impôts de 950 millions $ est clairement mauvaise. Mais le budget de Monique Jérôme-Forget n’est pas « irresponsable » pour autant, comme le prétendent l’ADQ et le PQ.
Ce qui est irresponsable, par contre, c’est que les partis d’opposition aient clamé jeudi et hier que l’équipe de Jean Charest s’est comportée comme si elle était majoritaire. Ce refrain est une grossière caricature. Ce n’est pas parce qu’il sera répété à satiété qu’il deviendra vrai.
Dans ce budget, le gouvernement libéral a inclus plusieurs éléments pour satisfaire l’ADQ. Pensons au comité que présidera Claude Castonguay sur le système de santé, ou à l’adoption graduelle de nouvelles normes comptables.
Le PQ avait moins à se mettre sous la dent, mais a tout de même obtenu des augmentations de 6 % des dépenses pour la santé, et de 5 % pour l’éducation. Ce n’est peut-être pas suffisant, mais y a-t-il quelqu’un qui croit que les péquistes en auraient mis 7 % ou 8 %, alors qu’ils ne l’ont jamais fait lorsqu’ils étaient au pouvoir ?
L’actuel gouvernement aurait-il dû, en plus, reculer sur son engagement de baisser les impôts parce qu’il est minoritaire ? Non. Il faudra un jour cesser de confondre « gouvernement minoritaire » et « gouvernement de coalition ».
Dans un gouvernement de coalition, comme il y en a parfois en Allemagne, en Belgique et ailleurs, toutes les décisions (sans exception) doivent faire l’objet de consensus entre les partis partageant le pouvoir.
Un gouvernement minoritaire n’a pas, lui, à tout soumettre à l’arbitrage de ses adversaires. Il doit tenir compte de certains de leurs points de vue, mais pas de tous.
À nos yeux, les réductions d’impôt de Mme Jérôme-Forget sont inopportunes. Elles grèvent les finances publiques. En plus, elles sont très mal réparties. Cela dit, personne ne peut contester le droit qu’avait le gouvernement Charest de les inclure dans son budget.
Même s’il a subi une raclée le 26 mars, il n’en demeure pas moins que c’est le PLQ qui a obtenu le plus de voix.
On ne peut pas bêtement additionner les sièges de l’ADQ et du PQ pour dire que les libéraux devraient céder sur tout. À ce que l’on sache, les péquistes et les adéquistes n’ont ni les mêmes projets, ni les mêmes objectifs.
Au fond, la crise actuelle a plus à voir avec la situation politique qu’avec le budget. Le PQ est euphorique depuis que Pauline Marois en a pris la direction virtuelle. Mais où sont passés les péquistes qui soutenaient que le problème dépassait la seule personne du chef et concernait aussi le programme ? C’est fou ce que deux ou trois sondages peuvent faire.
Et l’ADQ ? N’est-ce pas ce parti qui disait que son statut d’opposition officielle lui laisserait le temps de faire ses classes avant d’accéder au pouvoir ? Les a-t-il déjà faites ?
Le gouvernement libéral ne mérite peut-être pas la confiance d’une majorité de Québécois, mais on ne renverse pas une équipe deux mois après son élection parce qu’elle n’a pas donné satisfaction sur tout.
Si cela devait se produire, pourquoi ne pas déjà programmer le renversement du prochain gouvernement à la présentation de son budget, en mars 2008, dans 10 mois ? Tout cela est absurde.
Pour dénouer l’impasse, il n’y a plus 36 solutions. Quelqu’un doit bouger. Même si son gouvernement a la légitimité pour soumettre le budget qu’il a présenté, Jean Charest devrait envoyer ne serait-ce qu’un petit signal.
Celui des trois partis qui aura mis le plus d’eau dans son vin d’ici la fin de la semaine ne devra pas être vu comme celui qui aura effectué un pitoyable recul, mais comme celui qui aura fait preuve de responsabilité.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé