Pont Champlain - Confusion totale

Pont Mercier - Pont Champlain



La vérité. Une information complète. La transparence la plus absolue. Une analyse indépendante. Pour le pont Champlain, le plus achalandé au Canada et dont la structure défaillante devient un enjeu de sécurité majeur, voilà ce que les citoyens sont en droit de recevoir, sans avoir à quémander pour l'obtenir.
Plutôt que d'avoir un accès naturel à des données élémentaires sur l'état du pont Champlain, c'est au cafouillis et à l'apparence de camouflage que la population a droit, impuissante. À la congestion spectaculaire causant le cauchemar quotidien de milliers d'utilisateurs en otage s'ajoute désormais la confusion. La confusion la plus totale. Des études essentielles censées constituer le socle d'une reconstruction sont dévoilées au compte-gouttes; même quand on nous joue la fanfare de la transparence, le portrait demeure incomplet.
À preuve: après avoir pris les électeurs pour des gourdes en invoquant la complexité des études, le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, a joué une volte-face des plus molles: se pliant à une directive du bureau du premier ministre, il a glissé sur le site Internet de la société responsable du pont une étude de préfaisabilité menée par le consortium BCDE qui n'est ni inédite ni véritablement éclairante. Qu'on se garde d'y déceler un acte de bravoure gouvernementale! Le Devoir avait déjà dévoilé au printemps les morceaux les plus percutants de l'analyse. En outre, son objet est centré sur la faisabilité d'une nouvelle structure et ne s'attarde en rien sur l'état de l'actuelle structure, qu'on présume lamentable. Pas un mot sur les dangers et les risques liés à l'actuelle structure et les réparations qu'on continue d'y faire. Voilà ce qui constituait le coeur de l'affaire.
Dans tout ce brouillard, des éléments sont connus. Depuis belle lurette, on sait que le pont Champlain est plus que frêle. Conçu au début des années 1960, alors qu'on ne soupçonnait pas encore les effets dévastateurs du sel sur des structures alliant béton précontraint et acier, le pont souffre depuis le milieu des années 1980 de problèmes de corrosion dans les câbles d'acier situés dans les poutres. Depuis lors, on bricole des réparations à la pièce pour éviter la catastrophe, axant les travaux de solidification sur la mise en place de câbles de post-tension extérieure, ce qui crée ailleurs d'autres faiblesses!
En 2006, 2008 et 2011, des études distinctes ont conclu à la dégradation continue du pont Champlain. Cela n'aurait-il pas dû suffire pour activer les machines administrative et politique? Nenni! Malgré les cris d'alarme, certains plus qu'éloquents, le gouvernement fédéral n'a toujours pas donné le feu vert à la mise en chantier d'une nouvelle structure, qu'elle soit pont ou tunnel. Il se contente de pratiquer un inquiétant rapiéçage — il suffit, pour se convaincre des dangers de cette gestion casse-cou, d'aller visionner le reportage mené par l'émission Découverte en avril. Cette voie est à la fois coûteuse et périlleuse.
Est-il normal qu'il faille l'acharnement des journalistes pour mettre au jour ce qui devrait relever de l'entretien coutumier pour un monstre de béton et d'acier de six kilomètres de long? Le dernier morceau de casse-tête, dévoilé par La Presse en mars, liait la sévérité de cette détérioration à un risque d'effondrement sinon total, du moins partiel. Rien de moins.
Dans l'émoi général, le gouvernement reste de marbre. Il a peur à la dépense, surtout lorsqu'elle se calcule en milliards. Il espère que le Québec prendra la responsabilité de ce panier de crabes, mais il peut rêver. Il craint de s'engager dans des joutes environnementales qui le forceront à épouser des ambitions qu'il n'a pas. Lui, qui fait de la sécurité et de la défense des enjeux financiers et politiques prioritaires lorsqu'elles se déclinent sur fond de criminalité ou de protection nationale, passe bien vite sur la sûreté d'un pont qu'empruntent 7000 véhicules à l'heure.
Et la population? C'est elle qui, désormais, grommelle deux heures durant avant de pouvoir traverser ce qu'elle voit en mauvais rêve comme une ruine. C'est toujours elle qu'on associe à un groupe de non-initiés incapable de digérer de l'information parsemée de poutres de béton précontraint, de chevêtres, de semelles ou de piliers. C'est pourtant elle qui paiera la note, qu'on répare ou qu'on reconstruise. C'est donc pour elle, par souci de sécurité et de respect de la démocratie, qu'on se doit donc de dissiper la confusion en dévoilant l'ensemble des données.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->