Un CHUM, c't'un CHUM

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On n'a pu les CHUM qu'on avait...

Qui croire ?
C’est ça, la question, dans le bras de fer public qui implique le DG démissionnaire du CHUM, Jacques Turgeon, et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.
En démissionnant de son poste, Jacques Turgeon a renoncé à une prime de départ qui aurait été, dans son cas, une prime au silence.
M. Turgeon a choisi de ne pas se taire et de dire aux Québécois qui payaient son salaire et qui paient ce CHUM pourquoi il a choisi de démissionner.
Il a choisi de partir parce que Gaétan Barrette a lié deux enjeux du superhôpital universitaire : la reconduction de Patrick Harris à la tête du département de chirurgie et sa propre reconduction à la tête du CHUM.
M. Turgeon a refusé, par respect pour ce qu’on appelle les règles de gouvernance, ce concept un peu abstrait qui ne l’est pourtant pas.
Résumons : il fallait choisir un nouveau chef dans le département de chirurgie. Un département, je le souligne, dysfonctionnel : le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada – qui accrédite les facultés de médecine au pays – menace de retirer l’accréditation de six des neuf programmes de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal pour une palette de vices allant de l’intimidation des étudiants-résidents à la mauvaise gestion.
Personne, dans ce comité du CHUM composé de neuf personnes, n’a voté pour donner un troisième mandat au Dr Harris. On a choisi un autre médecin, qui n’a finalement pas eu le job parce que l’unité dont il était issu a été éclaboussée par des malversations financières (avec lesquelles il n’avait rien à voir).
Qu’importe : Gaétan Barrette voulait que Patrick Harris soit reconduit à son poste. Il a fait des pressions sur M. Turgeon, liant le sort du Dr Harris au sien.
M. Turgeon s’est tenu debout. Il a refusé cette forme de chantage et il a démissionné. Il a rendu sa lettre de démission publique, il a accordé des entrevues aux médias et il a tenu une conférence de presse pour expliquer aux Québécois qui payaient son salaire comment Gaétan Barrette a fait de la microgestion en tentant de les court-circuiter, lui et les dirigeants du CHUM, pour s’immiscer dans le processus de sélection d’un dirigeant de département.
Il faut savoir, ici, que le Dr Harris est un ami de Gaétan Barrette…
***
Donc, on résume : non content de diriger le plus important ministère du Québec, Gaétan Barrette a en plus le temps de manœuvrer pour s’assurer qu’un ami va rester à la barre d’un département à la dérive dont la gestion est critiquée par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.
Jacques Turgeon aurait pu faire la carpette, se taire, se « faire démissionner » et empocher une généreuse prime de départ quand le ministre aurait refusé de le confirmer dans son poste de DG. Il a refusé. Note de service pour les chasseurs de tête : voici un homme droit.
Je sais, je sais, le ministre Barrette dit aujourd’hui qu’il a simplement fait la « suggestion » à M. Turgeon d’embaucher Patrick Harris…
Réaction de Jean-Claude Deschênes, président du conseil d’administration du CHUM, qui a lui aussi démissionné hier pour dénoncer l’ingérence du ministre : « Je n’accorde aucune crédibilité à M. Barrette sur cette version des événements. Il y a eu manipulation et demi-vérités de M. Barrette ces derniers jours. Quand un DG qui est en attente de confirmation de son poste se fait suggérer d’embaucher quelqu’un, ce n’est plus une suggestion. Et puis, ce n’est pas conforme à sa personnalité : les suggestions du ministre ressemblent à des commandements. »
Josée Dubois, vice-doyenne aux études médicales post-doctorales, m’a expliqué à quel point l’Université de Montréal travaille fort pour faire le ménage dans le département de chirurgie, afin que le climat de travail soit assaini, pour respecter l’intégrité de ses étudiants, d’une part, et pour éviter que le Collège royal ne sanctionne le département, d’autre part. Ces efforts ont été corroborés par d’autres témoignages glanés hier. Dans l’entrevue, Mme Dubois a laissé tomber cette phrase :
– Quand il y a des comités, l’ingérence ne devrait pas avoir lieu.
– Les ministres ne devraient pas se mêler de ça ?
– Non. Ce n’est pas son job. M. Turgeon a été courageux. On perd quelqu’un de très important pour nous.
Personne ne trouve qu’un ministre qui essaie d’influencer la sélection d’un chef de département dans un hôpital universitaire est une bonne idée. Sauf Gaétan Barrette.
Qui croire, donc ?
À la mi-janvier, j’ai expliqué pourquoi je considérais que le ministre est malhonnête : il venait de dire candidement que du temps où il était président du lobby des médecins spécialistes, il « suggérait » à ses membres de ne pas répondre honnêtement aux sondages sur leur charge de travail, question que la réalité ne nuise pas aux négos avec l’État…
Hier, en voyant le ministre patiner en sortant quelque bullshit expliquant pourquoi il a eu raison d’avoir tort d’essayer de sauver le job d’un ami, je me suis rappelé la fin de ma chronique (pardonnez que je me cite) : « C’est ça le problème avec les gens malhonnêtes : tu ne sais jamais quand les croire… »
***
La démission de M. Turgeon révèle Gaétan Barrette tel qu’en lui-même.
Le bully (qui fait du chantage au DG du CHUM).
Le menteur (qui nie avoir lié la reconduction du DG Turgeon à celle du Dr Harris).
On connaissait déjà ces deux facettes de l’homme public qu’est Gaétan Barrette, bully et menteur.
On peut désormais y ajouter son goût pour le népotisme, lui qui a tenté de sauver le job de son ami, le Dr Harris. Je vais paraphraser un minable qui a paradé chez Mme Charbonneau : « Un CHUM, c’t’un CHUM. »


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