Il y a 125 ans!

Après Québec 1759, pourquoi pas Batoche 1885 ?

L’âme des peuples se trouve dans leur histoire


Les subtils penseurs au service du gouvernement fédéral qui ont imaginé les « festivités » de la commémoration de la défaite des plaines d’Abraham avec une reconstitution historique de la bataille ne devraient pas s’arrêter là. Une autre défaite d’importance historique des francophones mérite le même traitement dans un avenir rapproché. Je pense à la bataille de Batoche, autre « lieu historique national » qui a été la scène, le 12 mai 1885, de la défaite de la rébellion métisse du Nord-Ouest par la nouvelle armée canadienne récemment constituée, mais toujours commandée par un général britannique, Frederick Middleton.
Le 125e anniversaire de cette grande et glorieuse victoire aura lieu au printemps 2010. L’écrasement de la rébellion de Louis Riel et la chute de son gouvernement provisoire marquent la fin de la domination des Métis francophones sur les grandes plaines de l’Ouest. Ça doit bien mériter une reconstitution historique.
Le 15 mars 1885, Riel s’est proclamé président d’un gouvernement provisoire de la Saskatchewan. Dès que la nouvelle est connue à Montréal, William Cornelius Van Horne du Canadian Pacific Railways — au bord de la faillite — offre de transporter gratuitement les troupes pour écraser les Métis. C’est un coup de pub fantastique qui va permettre au gouvernement conservateur de Macdonald d’injecter de nouveaux fonds publics dans la construction du transcontinental. L’écrasement des Métis aura sauvé le Canadien Pacifique. Voilà bien une bonne raison de fêter.
Les colonnes du général Middleton sont accompagnées par un représentant d’une compagnie américaine et de l’arme nouvelle qu’elle veut vendre au gouvernement conservateur, le « Gatling gun », la première mitrailleuse opérationnelle de l’histoire. Avant d’en commander, Ottawa a trouvé judicieux de se servir des Métis comme cobayes pour en tester l’efficacité. Une telle première au Canada appelle une reconstitution historique.
Pour faire face aux troupes du général Middelton, Riel refuse de recourir à des tactiques de guérilla comme le réclame son « général », Gabriel Dumont. Il choisit plutôt de se retrancher dans sa « capitale » Batoche, une stratégie vouée à l’échec...
Le 12 mai 1885 après que des prêtres catholiques eurent trahi les Métis. le corps expéditionnaire canadien, formé de plus de 900 hommes, donne l’assaut au petit village défendu par 300 malheureux Métis, dont un bon nombre de vieillards armés de vieux mousquets.
Comme le racontera Gabriel Dumont, la reddition des défenseurs de Batoche s’accompagne d’exécutions sommaires :
« [...] Le 12 mai, vers 2 heures de l’après-midi, sur ùdes renseignements exacts fournis par ceux qui nous trahissaient [stipulant] que nous n’avions plus de munitions, les troupes s’avancèrent et nos gens sortirent de leurs tranchées ; et c’est alors que furent tués : José Ouellet, 93 ans ; José Vandal, d’abord les deux bras cassés et achevé à la baïonnette, 75 ans ; Donald Ross, d’abord blessé à mort et dardé à la baïonnette, bien vieux aussi ; Isidore Boyer, vieillard aussi ; Michel Trottier, André Batoche, Calixte Tourond, Elzéar Tourond, John Swan et Damase Carrière, qui eut d’abord la jambe cassée et que les Anglais ont ensuite traîné, la corde au cou, à la queue d’un cheval. Il y eut aussi deux Sioux de tués.
Le bilan de ces quatre jours de bataille acharnée a été, pour nous, trois blessés et douze morts, plus un enfant tué, seule victime durant toute la campagne de la fameuse mitrailleuse Gatling. »
Les terribles accusations de Dumont sont confirmées par le témoignage d’un jeune militaire ontarien, qui consigne dans son journal intime : « The rebel [are] still coming and giving themselves up. [...] It is surprising to see so many old men, some with grey hair, and a lot of these were killed. »
Ainsi s’est déroulé le premier haut fait d’armes de l’histoire de l’armée canadienne. Valeur et honneur.
Voilà des scènes bouleversantes, remplies de pathos, dont la reconstitution est apte à émouvoir le touriste américain le plus imperturbable.
Louis Riel a réussi à s’échapper. Il ne se rendra que le 16 mai. Il aurait dû s’enfuir aux États-Unis, comme Gabriel Dumont, qui a répondu « Allez au diable ! » lorsqu’un émissaire de Middleton lui a promis la vie sauve en échange de sa reddition. Pour son plus grand malheur, l’esprit troublé de Riel l’a amené à faire confiance aux Anglais. Il sera pendu.
Personne n’oserait faire une reconstitution de la bataille de Batoche. Jamais le fédéral n’humilierait ainsi les autochtones, qui réagiraient violemment à une telle ignominie. Les autochtones ont une fierté et un sens de l’honneur que les Québécois ont perdu, d’affronts en humiliations, de revers en échecs et en défaites.
Et les autochtones ont aussi des « Warriors » pour se faire respecter...
Source : http://www.ledevoir.com/2009/02/07/232170.html
Photo : [Gabriel Dumont->19544], www.cmhg.gc.ca.


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