Coup de froid sur l'art au Canada

Ces coupes à répétition "irrationnelles" montrent combien "les conservateurs ont le sens du festival"

Dérives démocratiques - la société confrontée à sa propre impuissance

"Catastrophe", "saccage"... Les milieux culturels canadiens sont en émoi depuis l'annonce, à la mi-août, sur un site gouvernemental, de la suppression de sept programmes de subventions, pour un total de 23 millions de dollars canadiens (14,8 millions d'euros), destinées notamment à soutenir les artistes en tournée et à exporter des "produits" culturels. Ces annulations s'ajoutent à plusieurs coupes claires effectuées au printemps (pour environ 41 millions de dollars, soit 26,3 millions d'euros) et risquent, pour beaucoup d'observateurs, d'affaiblir la présence artistique canadienne sur la scène internationale. Même la ministre québécoise de la culture, Christine Saint-Pierre, est montée au créneau, se disant "très préoccupée par l'abolition de programmes essentiels à l'épanouissement des artistes". Sans ces subventions, ajoute-elle, Robert Lepage, le Cirque Eloize et Les Grands Ballets canadiens - actuellement en spectacle au Grand Palais, à Paris - auraient peu de chances de rayonner comme aujourd'hui à l'étranger. Elle promet de mettre le sujet sur la table lors de la réunion annuelle des ministres canadiens, provinciaux et territoriaux de la culture et du patrimoine, organisée fin septembre à Québec.
COUPES À RÉPÉTITIONS
Josée Verner, ministre du patrimoine canadien (responsable de la culture), fait déjà face à un concert de protestations. On l'accuse d'avoir supprimé ces programmes en catimini, sans faire d'annonce officielle. Et d'avoir mis fin à l'un d'entre eux pour des raisons purement politiciennes, parce que certains artistes bénéficiaires de subventions sont jugés trop radicaux ou trop à gauche pour représenter le Canada à l'étranger.
Ces coupes à répétition "irrationnelles" montrent combien "les conservateurs ont le sens du festival", ironise Pierre MacDuff, directeur de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes, dont les productions font le tour du monde depuis trente-cinq ans. "Ottawa fait la guerre aux talents", estime l'essayiste Ian Rae tandis que l'Union des artistes du Québec parle d'"obscurantisme" et promet aux conservateurs "un automne mouvementé s'ils continuent à sabrer dans la culture". Les partis d'opposition s'en donnent à coeur joie à Ottawa. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, dénonce la "hargne idéologique" des conservateurs tandis que le député libéral Denis Coderre juge leur attitude "révoltante" et les accuse de "terrorisme culturel". Il attribue à Mme Verner "l'Oscar de la figurante de l'année" pour son mutisme dans cette affaire. Il aura fallu quatre jours pour que la ministre réponde aux critiques en affirmant que le gouvernement voulait avant tout rendre ses "programmes performants" et bien les évaluer pour "s'assurer que les investissements donnent les meilleurs résultats possibles pour le rayonnement de la culture". Les milieux culturels craignent plutôt une réédition de la démarche initiée au printemps par le gouvernement pour couper les subventions à des films ou émissions de télévision jugés "contraires à l'ordre public". Le projet de loi est toujours en attente de discussion au Parlement.
Anne Pélouas


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