De profondes divisions marquent le premier débat démocrate

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Grand Remplacement aux États-Unis : les candidats démocrates se mettent à répondre à certaines questions en espagnol


En campagne depuis des mois, 10 des 24 candidats à l'investiture du Parti démocrate, dont la sénatrice Elizabeth Warren, ont pour la première fois confronté leurs positions lors du premier de deux débats à Miami en autant de soirs.




Lutte contre les changements climatiques, droit à l'avortement, contrôle des armes à feu, tensions avec l’Iran : les sujets soulevés ont été multiples, mais l'enjeu de l'accès aux soins de santé a été l'un de ceux qui ont révélé les plus grandes dissensions.


Ce premier débat mettait notamment en scène la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, actuellement troisième dans les sondages et en montée dans les intentions de vote. Exclue par le hasard du débat des candidats vedettes – dont l'ex-vice-président Joe Biden et le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders – qui croiseront le fer jeudi, elle a brisé la glace aux côtés de candidats beaucoup moins prédominants.


L'ancienne professeure de droit de l’Université Harvard, qui a mis de l'avant plus de propositions que ses rivaux depuis le début de cette campagne, s'est particulièrement illustrée au cours de la première portion du débat, notamment consacrée à l'économie et aux soins de santé. Elle s'est cependant effacée davantage par la suite.



Figure importante de l'aile progressiste du parti, Mme Warren, qui a commencé à devancer Bernie Sanders dans certains sondages, a rejeté les affirmations de ceux qui croyaient une assurance publique impossible.


« Ce qu’ils vous disent vraiment, c’est qu’ils ne se battront pas pour cela. Bien, les soins de santé sont un droit fondamental de la personne, et je me battrai pour les droits fondamentaux de la personne », a-t-elle affirmé.


Si tous les candidats s’entendent pour étendre la couverture d’assurance maladie, le débat a permis de distinguer les propositions des candidats.


Dans leurs plaidoyers pour un régime public d'assurance maladie, seuls Elizabeth Warren et le maire de New York, Bill de Blasio, se sont dits prêts à aller aussi loin que d’éliminer l’assurance privée du système de santé alors que le modérateur Lester Holt demandait aux candidats qui favorisaient cette proposition de lever la main.


Elizabeth Warren. levant la main.La sénatrice Warren s'est distinguée de ses rivaux sur l'enjeu de la santé. Photo : Associated Press / Wilfredo Lee

Au centre du spectre politique, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar s'est pour sa part opposée à un régime public d'assurance maladie, plaidant pour une approche qu'elle a présentée comme étant plus pragmatique.


« Je suis simplement préoccupée par le fait que la moitié des Américains perdraient leur assurance maladie actuelle en seulement quatre ans », a-t-elle expliqué.


Appelant à des « changements structurels » en économie, Elizabeth Warren a en outre bien fait sur un de ses thèmes de prédilection, l'inégalité des revenus.


« Pour qui cette économie fonctionne-t-elle vraiment? Elle sert très bien une petite frange au sommet », a-t-elle soutenu, évoquant les pétrolières, les compagnies pharmaceutiques et les propriétaires d'établissements carcéraux privés.



Quand vous avez une économie qui fonctionne bien pour ceux qui ont de l'argent et qui ne fonctionne pas bien pour tous les autres, c'est simplement et purement de la corruption.


Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts


Fait surprenant, la sénatrice du Massachusetts n'a pas été la cible de critiques de la part de ses adversaires, alors que deux candidats, Julián Castro, ex-membre de l'administration Obama et ancien maire de San Antonio, au Texas, ainsi que Bill de Blasio, ont concentré leurs attaques sur l'ex-représentant du Texas Beto O’Rourke, lors des segments sur la santé et l'immigration.


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L'immigration à l'avant-plan


Julián Castro et Beto O'Rourke ont défendu des positions opposées sous le regard de Tim Ryan, Cory Booker et Elizabeth Warren.Julián Castro et Beto O'Rourke ont croisé le fer à plus d'une reprise. Photo : Getty Images / Joe Raedle

Alors que les piètres conditions de détention des enfants migrants et la mort d'un père et sa fillette de 2 ans, qui tentaient de gagner les États-Unis, ont ému l'opinion publique, les candidats ont décrié d'une seule voix les politiques migratoires du président Trump.


Ce segment a donné lieu aux échanges les plus vifs, permettant à Julián Castro de ressortir du lot.


Celui-ci s'en est pris à plus d'une occasion à un autre Texan, Beto O’Rourke, qui s'était pourtant illustré sur cet enjeu lors des élections sénatoriales de 2018.


Mettant de l'avant sa proposition de faire du passage des migrants arrêtés à la frontière un simple délit civil, M. Castro lui a notamment demandé pourquoi il ne proposait pas d'en faire autant. Actuellement traité comme un crime, le passage illégal de la frontière est utilisé pour légitimer la séparation des familles mise en œuvre par administration Trump.


Alors que Beto O'Rourke mettait de l'avant un projet de loi qu'il a présenté pour décriminaliser les demandeurs d'asile et les réfugiés, son adversaire a rétorqué que c'était insuffisant, plaidant pour une approche qui s'appliquerait à l'ensemble des sans-papiers.


La stratégie semble avoir fonctionné pour Julian Castro : MSNBC, diffuseur du débat avec NBC et Telemundo, a indiqué sur Twitter que les recherches sur ce candidat avaient connu une hausse de 2400 % depuis le début du débat.


Courtisant ouvertement l'électorat latino-américain, trois candidats – Beto O'Rourke, Julián Castro et Cory Booker – ont par ailleurs répondu à certaines questions en espagnol.


Les démocrates invitent Trump au débat


Interrogés sur la principale menace géopolitique à laquelle sont confrontés les États-Unis, les candidats ont offert une variété de réponses, allant de la Russie aux changements climatiques en passant par la Chine, l'Iran et la prolifération nucléaire.


C'est toutefois la répartie du gouverneur de l'État de Washington, Jay Inslee, qui a récolté le plus d'applaudissements des spectateurs réunis au Adrienne Arsht Center.



La plus grande menace à la sécurité des États-Unis est Donald Trump!


Jay Inslee, gouverneur de l'État de Washington


Sans surprise, le président a d'ailleurs fait l'objet de plusieurs critiques sur des enjeux comme l'économie, l'immigration et la politique étrangère, mais jamais autant cependant que Barack Obama lors des débats républicains lors du cycle électoral de 2015-2016.


Donald Trump « dit que les éoliennes causent le cancer, nous savons qu'elles créent des emplois », a par exemple déclaré M. Inslee.


« Ce président est littéralement – chaque jour – à 10 minutes du déclenchement d'une guerre, à un tweet du déclenchement d'une guerre, a pour sa part lancé Amy Klobuchar. Je ne pense pas que nous devrions conduire la politique étrangère en robe de chambre à 5 heures du matin. »


« Le 20 janvier 2021 [date de l'investiture du président], nous dirons "Adiós" à Donald Trump », a conclu Julián Castro, déclenchant les rires de la foule.


Le président, qui avait indiqué qu'il ne commenterait pas le débat en direct, s'est cependant tourné vers son réseau social favori peu après le début des échanges. « ENNUYEUX! », a-t-il écrit sur Twitter.


Il a également ridiculisé les problèmes de son éprouvés par les réseaux, qui, au milieu du débat, ont été obligés de retarder la discussion de quelques minutes.


Un débat forçant des réponses courtes


La dynamique d'un débat avec autant d'orateurs, davantage à la recherche d'une façon de se distinguer, ne leur a évidemment pas permis d'expliquer de façon détaillée leurs propositions.


Par moments, l'exercice s'est avéré chaotique, car certains candidats parlaient, voire criaient en même temps.


Dans l'ensemble, il y a toutefois eu peu d'échanges entre les débatteurs, qui se sont contentés la plupart du temps de répondre aux modérateurs, qui posaient à chacun des questions précises pour lesquelles les candidats disposaient d'une minute, éventuellement suivie d'un droit de réplique de 30 secondes.


Les modérateurs n'interpellaient toutefois pas chacun des candidats sur tous les sujets.


À quelques reprises, certains ont négligé la question qui leur était posée, préférant répondre à la question précédente.


Largement méconnus, voire inconnus de la majorité des électeurs démocrates, plusieurs candidats ont glissé dans leurs réponses des faits liés à leur parcours professionnel ou à leur vie familiale.


Il faut dire que la pente à remonter pour la quasi-totalité d'entre eux est immense : de tous les candidats qui étaient sur la scène, sept recueillent moins de 1 % selon la moyenne des sondages. Seule Elizabeth Warren recueille plus de 10 % d'appuis.


Un record de femmes


Montage photo d'Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et Tulsi Gabbard, photographiées pendant le débat. Le débat démocrate a rassemblé un nombre record de trois femmes. Photo : Reuters / Mike Segar

Pour la première fois, un débat démocrate réunissait sur scène trois femmes, Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et la représentante d'Hawaï Tulsi Gabbard.


Le précédent record – une femme – avait d'abord été établi lors de la course à l'investiture de 1972 par Shirley Chisholm, qui avait dû se battre pour y participer.


Depuis, cinq autres femmes, dont Hillary Clinton à deux reprises, ont participé à des débats.


Trois autres femmes prendront part à la joute oratoire de jeudi soir.


Une confrontation attendue


Particulièrement attendu, le débat de jeudi réunira notamment Joe Biden, largement en tête du peloton, le deuxième favori, le sénateur Bernie Sanders, la sénatrice de la Californie Kamala Harris, et Pete Buttigieg, maire de South Bend, une petite municipalité de l'Indiana.


Ces deux débats sont modérés par cinq chefs d'antenne du réseau NBC, dont Rachel Maddow et Lester Holt. Selon le site d'information Vox, le Comité national démocrate (DNC) a insisté, sous la pression de militants, pour qu'il y ait au moins une femme et une personne issue d'une minorité visible parmi les modérateurs de chaque débat.


La ronde de débats subséquente aura lieu les 30 et 31 juillet prochains.




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