Défaite de Paul Crête dans Rivière-du-Loup

L'option n'est pas en cause, dit Marois

L'arrivée de Clément Gignac permet à Jean Charest de remanier son cabinet

Élections partielles - Rivière-du-Loup - Marguerite-Bourgeoys

Clairandrée Cauchy - La saison politique se termine en queue de poisson pour le Parti québécois. À la défaite crève-coeur de Paul Crête dans Rivière-du-Loup lundi s'ajoutera aujourd'hui le retrait de la vie politique du député de Rousseau, François Legault. Pendant ce temps, le premier ministre Jean Charest se donne des allures de renouveau avec un mini-remaniement après une difficile session parlementaire.
Les leaders souverainistes minimisent la portée de la défaite du candidat Paul Crête dans Rivière-du-Loup, y voyant le fait d'un terreau peu fertile au Parti québécois plutôt qu'un ressac envers l'option souverainiste.
«On partait de très loin dans Rivière-du-Loup. Notre candidat, même s'il était très connu, a pris sa décision seulement deux semaines avant l'annonce de l'élection», a fait valoir la chef du Parti québécois, Pauline Marois, interrogée en marge des festivités de la Fête nationale.
Il n'y a, selon elle, pas de lien entre la stratégie souverainiste dévoilée en cours de campagne -- qui repose sur la conquête de nouveaux pouvoirs à Ottawa -- et les résultats électoraux. «Notre plan sur la souveraineté est très bien accueilli par les Québécois et nous allons continuer d'en parler», fait valoir la chef péquiste.
Toujours est-il que le PQ a peiné à récolter les voix de l'Action démocratique, en déroute dans l'ancien fief de Mario Dumont. L'ancien député bloquiste Paul Crête a terminé avec 36 % des suffrages, 12 points de moins que le libéral et ancien maire de Rivière-du-Loup Jean D'Amour, alors que l'ADQ en récoltait seulement 15 %. «Nous avions perdu les trois dernières à moins de 15 %. Nous étions troisième en lice. Je crois que les gens ont voté pour que Jean D'Amour soit au gouvernement. Ils doivent être un peu déçus, par ailleurs, qu'il ne se retrouve pas ministre», a poursuivi Mme Marois.
Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a servi la même rhétorique, considérant comme «un bon gain» le pourcentage de votes obtenu par son ex-député. Il estime qu'il est «trop tôt pour dire [qu'il y a un ressac envers l'option souverainiste] avec une seule partielle».
Le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, rappelle quant à lui que l'ancien bastion adéquiste se situe en plein dans l'«ancienne ceinture créditiste». La défaite péquiste relève donc davantage de la configuration structurelle de la circonscription plutôt que de la conjoncture politique.
C'est avec une pointe de cynisme que le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a commenté les résultats aux élections partielles, soulignant que les électeurs ont voté avec le pouvoir puisqu'ils sont «prisonniers du modèle politique actuel». «Il faut dire que M. Crête n'est pas porteur d'espoir et de changement. C'est un politicien de longue date», a ajouté M. Khadir.
Remaniement
Les élections partielles ont permis à Jean Charest de tirer un trait sur une session parlementaire difficile, marquée notamment par un déficit, la controverse sur les Fonds d'intervention économiques régionaux (FIER), les erreurs de diagnostics en matière de cancer du sein ou encore les tergiversations autour de la construction du CHUM en PPP.
Le premier ministre n'a pas perdu de temps pour annoncer, mardi, un mini-remaniement. L'économiste Clément Gignac, nouvellement élu dans Marguerite-Bourgeoys, entre par la grande porte au Conseil des ministres après une élection facile que n'importe qui aurait pu remporter sous la bannière libérale. Il obtient le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation que lui laisse Raymond Bachand, qui demeure ministre des Finances.
Le premier ministre a aussi donné de nouvelles charges à Nathalie Normandeau, lui confiant les Ressources naturelles et la Faune. Son ancien portefeuille des Affaires municipales échoue entre les mains de Laurent Lessard, qui tire ainsi un trait sur un passage difficile à l'Agriculture, marqué par des différends avec l'Union des producteurs agricoles.
Cet ancien maire de Thetford Mines, qui ne parle pas l'anglais, tiendra un rôle de figurant dans les affaires de la métropole, avec lesquelles Mme Normandeau avait d'ailleurs éprouvé quelques difficultés. «Raymond Bachand est toujours le ministre responsable de l'île de Montréal. Les relations sont très bonnes entre le ministre Bachand et le maire Tremblay, et les autres maires d'arrondissement de Montréal», a indiqué Jean Charest.
La chef péquiste, Pauline Marois, s'est par ailleurs étonnée hier de la nomination de M. Lessard aux Affaires municipales, alors que sa gestion de la crise de la listériose a suscité des critiques.
C'est Claude Béchard qui le remplacera au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Le pugnace ministre, lui-même fils d'agriculteur, aura la tâche d'accoucher d'une véritable réforme de l'industrie agricole, une réforme battue en brèche par l'UPA.
Claude Béchard se voit aussi confier la responsabilité des Affaires intergouvernementales canadiennes que le leader parlementaire et ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, assumait de mauvaise grâce. Il «va défendre avec beaucoup de fermeté les compétences québécoises et notre vision», a dit Jean Charest, qui a aussi attribué à M. Béchard le rôle de leader adjoint, en remplacement de Line Beauchamp.
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Avec la collaboration de Robert Dutrisac


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