Malheur aux vaincus

Après tout, rien ne vaut une bonne session de Québec bashing encouragée par les conservateurs pour réveiller la flamme de la souveraineté

Francophobie et Quebec bashing - 2008



Stephen Harper a gagné. Il a seulement gagné du temps, hier, en prorogeant le Parlement jusqu'au 26 janvier, vous me direz, mais en politique, le temps ne s'achète pas.
Stéphane Dion a perdu, la coalition est morte. Et comme le disaient les Gaulois vainqueurs aux Romains étonnés de leurs exigences, il y a 2300 ans, malheur aux vaincus. La question de confiance rebondit dans son propre parti.
Jack Layton se voyait déjà ministre, mais tant pis : il demeure chef du quatrième parti. Rien qu'à voir sa tête devant les caméras, il avait parfaitement conscience que son quart d'heure de gloire venait de prendre fin.
Gilles Duceppe avait lui aussi sa gueule des mauvais jours. Mais là, je ne sais pas s'il regrettait de toujours soutenir une coalition morte et enterrée seulement par principe, ou s'il jouait la comédie parce qu'il sort grand vainqueur, au Québec.
Après tout, rien ne vaut une bonne session de Québec bashing encouragée par les conservateurs pour réveiller la flamme de la souveraineté.

André-Philippe Côté, Le Soleil

Je peux vous dire que, s'il y avait eu des élections hier dans la foulée de la crise parlementaire, le Parti conservateur aurait balayé le pays contre les amis Dion et Layton.
Et quand je dis balayé, la vague aurait été telle que le Bloc québécois aurait formé l'opposition officielle. Dehors, les libéraux, dehors le NPD. Privilège de chroniqueur, je ne vous donne pas mes sources, mais Ekos confirme ces données.
Revenons aux vaincus. Quel soulagement dans le camp libéral, ai-je constaté après l'annonce de la prorogation. Un peu de rage, oui, dans certains quartiers, mais en général, une envie d'en terminer avec le chef.
Comment gagner sous la gouverne d'un «rejet», et comment son successeur, Michael Ignatieff ou à la limite Bob Rae, pourrait-il renouveler la coalition? Mission impossible!
Normalement, dans la grande famille rouge, une prise, t'es mort. M. Dion a fendu l'air une deuxième fois avec sa coalition fantasmagorique. L'enterrement approche.
Parlons de M. Harper. Sa conférence de presse était claire : le Bloc a le droit d'exister, mais comme parti de seconde zone. On lui parle, on l'écoute de temps en temps, mais sur les questions sérieuses, son vote ne compte pas.
L'appel du premier ministre à la collaboration, son timide aveu que «nous sommes tous responsables» du chaos parlementaire, n'étaient pas à la hauteur de mes attentes.
Après tout, le même homme a tenté d'introduire par la porte d'en arrière trois mesures jamais annoncées, dans sa mise à jour économique de la semaine dernière.
M. Harper a confirmé ainsi l'existence d'un «agenda secret», selon l'anglicisme consacré. Il n'a pas dit que son attaque contre les femmes, les syndiqués et le financement des partis était une erreur de parcours.
Les conservateurs ont des millions de dollars à dépenser en publicité - toute négative, faut-il rappeler - au cours des prochaines semaines. La trêve n'est que parlementaire, le rouleau compresseur... roule à plein gaz, et Stéphane Dion vit sur une autre planète.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé