Parti québécois

PSPP: le nouveau chef des souverainistes

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PSPP face au défi existentiel de la survie nationale


«Que le dernier entré laisse la porte ouverte, s’il vous plaît.» Cette phrase devenue célèbre de Jacques Parizeau, que les souverainistes aiment se répéter depuis des années, en se rappelant le temps jadis où ils formaient une grande coalition, Paul St-Pierre Plamondon l’a prononcée hier soir dans son discours de victoire à la chefferie du Parti québécois. Ceux qui connaissent l’histoire de ce parti ont certainement apprécié le clin d’œil. Qui devient chef du PQ chausse de grandes chaussures. Car le PQ n’est pas n’importe quel parti dans l’histoire du Québec. Le Parti québécois demeure, encore aujourd’hui, le véhicule du projet souverainiste. Il porte l’idéal de l’indépendance nationale qui traverse toute notre histoire et qu’il importe aujourd’hui de réanimer, après un quart de siècle de régression politique.


Mais l’appel de Jacques Parizeau vient d’un autre contexte, d’une autre époque. Il fallait autrefois convaincre les fédéralistes de devenir souverainistes, dans une vie politique qui tournait fondamentalement autour de la question nationale et d’un prochain rendez-vous référendaire avec l’Histoire, qui semblait inévitable. Il n’en est plus ainsi. Il s’agit désormais de convaincre ceux qui, au fond de leur cœur, souhaitent encore que le Québec devienne indépendant, mais qui ne croient plus que ce projet est réalisable. En d’autres mots, il s’agit de les ramener à la maison et de convaincre les «nationalistes en exil» de revenir au Parti québécois, pour reprendre la formule d’hier soir. Telle est la première tâche du nouveau chef, qui lui permettra de faire des gains aux prochaines élections. C’est un véritable travail d’apostolat qui commence pour lui. Il fait bien de tendre la main aux trois autres candidats, qui sont de grande valeur, et qui incarnent des tendances légitimes du prochain «camp du Oui».


«Oui, ça redevient possible.» Tel était, en quelque sorte, le message de celui qu’on appelle PSPP. Il ne promet pas aux souverainistes un pays dans un an, dans deux ans ou dans 1000 jours — il n’en a tout simplement pas le pouvoir, et on perd vite sa crédibilité à faire de fausses promesses. Il leur dit toutefois que leur rêve n’est pas mort, que leur projet peut renaître, pour peu qu’ils le replacent eux-mêmes au cœur de leur action. Si les indépendantistes n’assument pas leur projet, qui le fera à leur place? S’ils ne brandissent pas leur idéal, comment parviendront-ils à le rendre inspirant? La tentation de l’indépendance habite le cœur de chaque Québécois, même si elle est trop souvent refoulée. Il s’agit de la réanimer. Pour cela, il faut se reconnecter aux raisons fortes qui l’inspirent et accorder le projet souverainiste aux exigences de la présente période historique, qui n’est plus celle de la mondialisation heureuse.


Le parcours de PSPP en inspirera plusieurs. Sa formation, ses études le destinaient à rejoindre les élites néocoloniales libérales qui ont renoncé à leur loyauté au Québec en échange d’une situation sociale privilégiée et d’une participation subalterne au pouvoir fédéral. Car telle est la réalité inavouée de notre peuple. Derrière le régime fédéral se cache un vieil ordre colonial qui pousse les nôtres à se renier pour se hisser dans la structure sociale. Leur position sociale privilégiée repose sur leur capacité à contribuer à la domestication politique du peuple québécois. Le régime canadien détourne les Québécois les plus ambitieux du Québec et les invite à se retourner contre leur propre peuple, en leur faisant croire qu’ils s’ouvrent ainsi sur le monde. Il fait passer l’attachement à l’identité québécoise pour une forme de tribalisme. Manifestement, la meilleure part de PSPP protestait contre ce pacte avilissant. Voilà un homme qui a rejoint le camp national quand tout pousserait à s’en tenir loin. La chose est assez rare pour être mentionnée.


Mais au-delà du slogan, est-ce que cela redevient vraiment possible? Bien des Québécois se sont engagés de bonne foi dans le détour autonomiste de la CAQ, qui a par ailleurs permis l’adoption en 2019 de la loi 21. Ce n’est pas un détail. Cette loi était un véritable geste d’affirmation nationale. Il n’est pas certain qu’ils soient prêts à tourner la page dès maintenant de ce nouveau Beau risque, sans oublier que François Legault se présente comme le protecteur de leur identité et qu’il est convaincant dans ce rôle. Mais les reculades de la CAQ sur la question identitaire, comme en témoigne sa capitulation insensée sur le dossier de Dawson et son effondrement lamentable sur la question des seuils d’immigration, dégagent un espace pour le PQ. PSPP a tout intérêt à persévérer dans un nationalisme identitaire décomplexé qu’il entend réconcilier avec la social-démocratie et le centre gauche.


Il n’en demeure pas moins que cela ne sera pas une mince tâche. Le Québec lui-même n’est plus certain d’exister. À tout le moins, ses élites ne croient plus en lui et s’exaspèrent de sa prétention à ne pas se laisser traiter comme le 51e État américain. Son imaginaire se fait coloniser à grande vitesse par les fantasmes de la gauche radicale américaine, qui a trouvé un vrai relais dans nos universités et nos médias. Les Québécois se voyaient comme un peuple: on cherche à tout prix à les fragmenter en les soumettant à la logique du communautarisme. Au multiculturalisme canadien s’ajoute le racialisme américain, dont les effets sont particulièrement inquiétants, surtout dans une société connaissant une mutation démographique majeure sous le poids de l’immigration massive. La sécession mentale et culturelle de la métropole est déjà enclenchée, comme en témoigne l’annexion électorale de Laval par le West Island. Il n’y a que des esprits légers pour ne pas s’en inquiéter. 


C’est notre droit de nous définir à partir de notre propre réalité qui est contesté. La présente campagne de harcèlement médiatique menée contre François Legault pour le contraindre à poser le genou devant la théorie du racisme systémique témoigne bien de ce nouveau contexte. Il est de plus en plus difficile d’y tenir tête. Dans le cadre de la course à la chefferie, PSPP a critiqué fermement lui aussi la théorie du racisme systémique (ce qui ne l’empêche évidemment pas de dénoncer l’apartheid, dont sont victimes les peuples autochtones et dont se rend coupable l’État fédéral). Il a plaidé pour une baisse des seuils d’immigration. Ces positions sont essentielles et on peut espérer qu’il continuera de confronter la rectitude politique, d’autant qu’il traduirait ainsi politiquement l’exaspération légitime d’une bonne part de l’électorat. Elles seront difficiles à tenir, n’en doutons pas. Le pouvoir politique, aujourd’hui, est soumis au pouvoir médiatique et plus particulièrement au complexe Radio-Canada/La Presse, qui se comporte comme un nouveau clergé, et nous donne l’image quelques décennies plus tard de ce que pouvait être le cléricalisme étouffant des années 1950 au Québec. Que ce cléricalisme se veuille «progressiste» ne change rien à l’affaire.


Plus largement, les Québécois doivent réapprendre à nommer leur propre réalité. Cela passe par la redécouverte de leur propre situation historique. Le Québec incarne plus que jamais la cause de la diversité dans le monde, coincé dans une fédération qui se prend pour un laboratoire postnational et campé au nord d’un empire décadent qui entraîne le monde dans sa chute. L’histoire du Québec n’est pas celle de l’Amérique anglo-saxonne. Dans les années à venir, on le devine, la question linguistique reprendra une grande place dans notre vie politique. Montréal est à reconquérir, Laval aussi. Ce sont des territoires francophones non cédés à l’anglais! Le nationalisme, chez nous, avant d’être une doctrine, est un instinct vital, celui d’une petite nation de langue et de culture françaises qui poursuit son aventure en Amérique.


L’indépendance permettra au peuple québécois de prendre enfin en main sa destinée. Vive l’indépendance! Tel devrait être, fondamentalement, le cri de ralliement de ceux qui entendent relancer le combat national. Pour en revenir à l’élection de PSPP, on sentait chez ses partisans quelque chose de rare dans le PQ des derniers temps: l’enthousiasme. L’envie d’y croire. Non pas le sentiment de retarder la fin d’une aventure condamnée, mais celui d’arriver au début de quelque chose qui pourrait bien aboutir. L’impression, enfin, de ne plus être la garde qui meurt sans se rendre, mais bien la nouvelle génération prenant le relais d’un idéal auquel elle veut redonner vie. Ceux qui s’y retrouvaient se prenaient moins pour les derniers gardiens d’un monde vaincu résolus à mourir debout avec lui que pour les pionniers d’une entreprise nouvelle qui pourrait bien aboutir. Ses adversaires le sentent bien et s’en méfient. Il y avait davantage d’espoir que de nostalgie dans la campagne de PSPP. On ne sait trop ou cela mènera le nouveau chef. Mais c’est assurément un acteur important qui vient d’entrer en scène dans la politique québécoise.