Charest ne connaît pas la situation de la CDP

Un gouvernement fort pour un irresponsable ?

Il invoque l'exemple de la crise démocratique à Ottawa

Chronique de Louis Lapointe

Comme plusieurs Québécois, j’ai été étonné d’apprendre hier que Jean Charest n’avait aucune idée de la situation financière dans laquelle se trouve présentement la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Ses dernières déclarations émises lors du débat des chefs nous laissaient plutôt croire que tout allait bien et que pour cette raison il préférait ne pas s’immiscer dans les affaires internes de la Caisse.
Mais nous avions tout faux, car, pendant qu’il tentait de nous rassurer, en fait, il ne savait absolument rien au sujet de la situation réelle de la Caisse. Comme les petits politiciens le font souvent, il disait alors n’importe quoi pour bien paraître. Nous aurions donc le choix de le croire lorsqu’il nous dit qu’il ne sait rien au sujet de la Caisse, mais nous devrions alors conclure qu’il est un premier ministre irresponsable, ou nous pourrions ne pas le croire et, dans ce cas, le considérer comme un fieffé menteur.
J’ai été encore plus étonné lorsque Jean Charest a affirmé quelques heures plus tard que nous devrions élire un gouvernement libéral majoritaire à Québec pour éviter qu’une situation analogue à celle que vit présentement le gouvernement minoritaire de Stephen Harper se produise à Québec. J’ai alors eu l’impression que Jean Charest était plutôt désespéré. Un tel discours dans la bouche de quelqu’un qui a tout fait au cours de la dernière campagne électorale fédérale pour que les conservateurs demeurent minoritaires à Ottawa avait quelque chose de totalement surréaliste. Ou il pété les plombs, ou ses sondages internes lui indiquent qu’il est en sérieuse perte de vitesse depuis le débat des chefs.
Cette déclaration est d’autant plus étonnante qu’elle survient dans un contexte où le vote des Québécois envers le Bloc Québécois a probablement sauvé le Canada de la bêtise des conservateurs qui souhaitent suspendre les droits démocratiques des partis politiques et des travailleurs de la fonction publique canadienne maintenant qu’ils sont élus à Ottawa, tout ça, sans qu’aucun plan concret ne soit proposé pour relancer l’économie canadienne.
Pourquoi les Québécois voteraient-ils majoritairement pour un premier ministre qui ne leur a pas dit toute la vérité depuis le début de la présente campagne électorale, tout comme Stephen Harper l’a fait lui-même pendant la campagne fédérale, alors que tout indique aujourd’hui que ces mêmes Québécois ont eu la perspicacité de faire confiance à un parti souverainiste à Ottawa ? Plusieurs Canadiens doivent certainement remercier le Québec d’avoir voté massivement pour le Bloc Québécois le 14 octobre dernier alors que le fascisme menace la vie démocratique au Canada.
Nous n’avons pas besoin d'un gouvernement fort à Ottawa pour nous imposer une commission de valeurs mobilières pancanadienne, une criminalisation des jeunes délinquants, des coupures dans la culture, un sénat élu et une diminution de la proportion des députés qui représentent le Québec à la Chambre des communes.
L’exemple donné par Jean Charest afin d’inciter les Québécois à voter majoritairement pour le parti libéral est très mal choisi dans un contexte où, si les conservateurs avaient été majoritaires à Ottawa, les droits démocratiques des Québécois auraient encore été suspendus comme ce fut le cas lors des conscriptions décrétées à l’occasion de chacune des grandes guerres survenues au siècle dernier et lors des événements d’octobre 1970.
En fait, nous ne pouvons pas faire confiance aux conservateurs de Stephen Harper pas plus qu’aux libéraux de Stéphane Dion lorsqu’il s’agit de liberté. L’Histoire du Canada nous a prouvé que les uns comme les autres mentaient toujours aux Québécois, comme l’a fait Pierre Trudeau lorsqu’il a persuadé les Québécois qu’un non était un oui lors de la tenue du référendum de 1980 et comme le fait Jean Charest dans la présente campagne électorale lorsqu’il utilise le oui des souverainistes pour convaincre les Québécois que l’économie est sa priorité, alors qu’il ne veut qu’être réélu majoritairement afin de continuer à affaiblir le Québec comme il le fait depuis 2003, sachant qu’un Québec politiquement et économiquement fragile pourra difficilement se séparer du Canada.
L’élection massive de souverainistes par les Québécois à l’occasion du dernier scrutin fédéral nous prouve bien que la liberté demeure le meilleur antidote au fascisme et que la même recette serait tout à fait indiquée contre le cynisme du régime fédéral actuel dans lequel les libéraux très provinciaux de Jean Charest maintiennent le Québec!
Louis Lapointe

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Autrefois avocat, chroniqueur, directeur de l'École du Barreau, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    29 novembre 2008

    Si Jean Charest réussit à obtenir un mandat majoritaire, avec un vote frôlant les 50%, il aura les coudées franches pendant cinq ans pour réaliser son projet qui est de faire du Québec une simple région administrative du Canada. Jean Charest est un fédéraliste qui croit aux bienfaits de la péréquation et du bilinguisme pour le Québec dans le Canada. Un Québec bilingue et subventionné par le Canada, cela fait l'affaire de Jean Charest... et de beaucoup de Québécois. Avec un mandat majoritaire, le "fruit sera mûr" et Jean Charest pourra signer la constitution afin d'intégrer le Québec au Canada, une fois pour toutes.
    Guy E. Trépanier, I.O.

  • Archives de Vigile Répondre

    29 novembre 2008

    Bonne analyse de la situation. Et, avec ce qui se passe présentement à Ottawa, il devient même important d'élire un gouvernement majoritaire souverainiste à Québec le 8 décembre prochain.
    L'avenir du Québec, c'est un rapport de force. Libération ou assimilation, c'est ce rapport de force à établir qui va décider de ce que sera notre avenir comme nation. Il est temps de s'assumer et d'agir en conséquence. Ça nous prend des politiciens qui en ont la conviction et des citoyens qui en ont la compréhension. Sans les citoyens, la leadership des élus ne peut se manifester autrement que dans le discours.
    Charest quant à lui travaille qu'à une seule chose, servir ses maîtres fédéralistes et assimiler la nation québécoise dans le grand ensemble canadien. Les francophones du Québec n'étant pour lui qu'une ethnie à dissoudre dans la masse anglophone du Canada. Jamais il ne défendra le Québec car il a les mains liés. Toute parole de sa part annonçant qu'il défendra le français et la nation québécoise, est en contradiction avec les gestes qu'il pose. Charest ? Un fossoyeur de nation, voilà ce qu'il est. Restons lucide.

  • Archives de Vigile Répondre

    29 novembre 2008

    Je suis tout-à-fait d'accord avec votre point de vue mais il est à se demander s'il y a une majorité de québécois assez clairvoyants pour ne pas élire ce premier ministre qui nous ment, nous trompe et nous trahit constamment. J'espère que les québécois vont voter fièrement pour leurs intérêts et non ceux des autres le 8 décembre.
    P.S.: quand Jean Charest ment, ca paraît sur sa figure:il paraît faux,c'est d'une évidence à crever les yeux. Observez.