La Garde côtière reçoit une autre tape sur les doigts

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Le Canada, c’est ça !

(Québec) Malgré les lacunes sur l'emploi du français à la Garde côtière révélées lors de l'échouement de l'Acadien II en 2008, celle-ci n'a pas encore compris qu'elle devait offrir un service dans les deux langues officielles dans les eaux canadiennes.
C'est du moins ce que conclut le Commissaire aux langues officielles dans un rapport préliminaire d'enquête dévoilé cette semaine, seulement quelques mois après un blâme similaire de la part du chien de garde linguistique à Ottawa.
La Corporation des pilotes du Saint-Laurent central avait tiré la sonnette d'alarme cet hiver après que certains de leurs membres eurent été incapables de communiquer en français avec l'équipage de brise-glaces canadien naviguant sur le fleuve. Le président du regroupement, Michel Fortin, avait alors soutenu que, par respect pour la langue de travail des marins québécois, les employés fédéraux auraient dû communiquer avec eux en français.
Selon M. Fortin, ce n'était pas la première année que la situation se produisait, mais celle-ci a perduré cet hiver parce que la Garde côtière à Québec a eu recours à deux brise-glaces provenant de l'extérieur de la province, le Terry Fox et le Henry Larson, sa propre flotte étant amputée du Amundsen et du Des Groseilliers. En plus de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, trois autres plaignants se sont adressés au Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, à ce sujet.
Dans le document de quatre pages, ce dernier souligne que malgré l'engagement en 2008 de la Garde côtière d'assurer en tout temps des services bilingues à bord de ses navires, de nouvelles plaintes ont été déposées en mars 2013. Il y a cinq ans, l'enquête du Commissariat sur le naufrage de l'Acadien II, qui a fait quatre morts, avait révélé l'existence de certaines lacunes au sujet de l'utilisation de la langue de Molière à la Garde côtière. Celle-ci avait mis en oeuvre un protocole pour remédier à la situation.
«Les résultats de la présente enquête s'apparentent à ceux de l'enquête du naufrage de l'Acadien II. Le service ne semble pas être disponible dans les deux langues officielles en tout temps, là où des obligations linguistiques existent. Dans son ensemble, l'enquête du naufrage de l'Acadien II avait pourtant identifié des points à améliorer», déplore M. Graham, qui formule trois recommandations.
Satisfaction et exaspération
Malgré un rapport accablant, le président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, Michel Fortier, se dit «très satisfait» des suites qu'a données le gouvernement fédéral à sa plainte.
Après une rencontre début juillet avec le commissaire adjoint à la Garde côtière canadienne pour la région du Centre et de l'Arctique, Mario Pelletier, il a reçu l'assurance qu'une situation comme celle de l'hiver 2013 ne se reproduira plus.
La porte-parole du ministère des Pêches et Océans, Caroline Hilt, explique par courriel que la Garde côtière étudie le rapport et qu'elle rencontrera le Commissaire sous peu. Elle réaffirme que des mesures nécessaires ont déjà été prises «pour veiller à ce que tout autre navire de la Garde côtière en opération au Québec ait à son bord au moins un officier francophone afin de pouvoir communiquer en français en tout temps».
Mais pour le député de La Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia et porte-parole du Bloc québécois en matière de pêches et d'océans, Jean-François Fortin, le ministère des Pêches et Océans fait preuve de «négligence grave» malgré un premier avertissement il y a cinq ans. «On voit que le Ministère ne prend pas au sérieux les rapports du Commissaire aux langues officielles», dénonce celui qui compte parmi les plaignants, rappelant que le naufrage de l'Acadien II avait eu des conséquences tragiques.
«Les rapports se succèdent et se ressemblent», soupire de son côté la députée de Québec, Annick Papillon. «On dirait qu'on se moque de nous par rapport à la langue française», ajoute-t-elle. «On s'en va vers la mort d'hommes», conclut l'élue.
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Trois nouvelles recommandations
Le Commissaire aux langues officielles formule trois nouvelles recommandations au ministère des Pêches et des Océans (MPO).
1- S'assurer qu'un nombre suffisant de postes, dans le bassin des officiers, est désigné bilingue pour avoir la capacité de donner des services dans les deux langues officielles, compte tenu des obligations linguistiques existantes.
2- S'assurer que la mise en oeuvre du protocole révisé est connue de tous les cadres supérieurs de la flotte, les officiers commandants et les officiers supérieurs pour assurer un service bilingue à bord de ses navires.
3- Informer et sensibiliser le personnel et les officiers des navires sur les droits linguistiques du public et les obligations linguistiques du MPO.


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