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Chronique de Patrice Boileau


À l’image d’un patient qui encaisse le terrible diagnostique médical qu’il pressentait, le peuple québécois a entendu Monique Jérôme-Forget lui confirmer que la santé économique du Québec allait très mal. Un climat funèbre s’est alors abattu sur la société civile, après son discours de jeudi dernier.
La ministre des Finances du gouvernement Charest a ajouté qu’en plus d’un déficit de près de quatre milliards de dollars pour chacune des deux prochaines années, elle ne voit pas comment elle parviendra à ramener l’équilibre budgétaire avant la fin du présent mandat. Elle s’en remet machinalement au gouvernement fédéral et sa péréquation, réflexe fédéraliste où triomphe la mendicité. Manifestement, elle laisse sa tâche titanesque à l’équipe gouvernementale qui remplacera la sienne.
Il est vrai qu’une récession économique n’est jamais facile à affronter pour les dirigeants politiques. Personne ne se réjouit de ce qui se passe présentement à Québec. Des décisions difficiles sont à venir de l’Assemblée nationale. Verra-t-on à nouveau s’abattre sur la rémunération de la fonction publique une autre diminution unilatérale de 20%, comme en 1982, lorsque frappait alors la pire crise économique depuis 1929? Assistera-t-on plutôt à des augmentations tarifaires multiples qui produiront le même effet? Pas de doute que les élus sont à la recherche de solutions, tout partis confondus.
Le Québec sort donc d’une période de prospérité qui aura duré près de 10 ans. Probablement davantage. Sauf que les première années de cette heureuse séquence ont moins paru dans la colonne des revenus parce que le gouvernement fédéral achevait d’équilibrer ses finances en s’accaparant les recettes fiscales des provinces. S’il n’y a pas eu davantage de surplus par la suite, c’est à cause du dogmatisme du PLQ. Son entêtement à vouloir baisser les impôts ainsi que son refus obstiné à ne pas rapatrier les deux points que le gouvernement fédéral a retranchés à sa TPS, auront privé le trésor québécois de milliards en recettes fiscales. Assurément, l’État québécois aurait mieux été outillé aujourd’hui pour combattre le ralentissement économique.
C’est en créant de la richesse que le Québec génèrera les revenus qui manquent cruellement à ses finances. L’appétit commercial de son voisin du sud permet d’en produire énormément. Cette dépendance traditionnelle nous montre néanmoins, en temps de crise, combien elle est malsaine. Sans vouloir miser sur l’autarcie, le Québec doit dénicher à l’intérieur de ses frontières une façon de stimuler son économie. À ce chapitre, l’idée des « REA ll » n’est pas mauvaise. Encourager les entreprises québécoises en leur fournissant du capital action en retour d’une déduction fiscale, peut créer des emplois, sans nécessairement attendre nos voisins canadien et américain. La construction de centrales hydroélectriques afin d’augmenter nos exportations d’énergie doit être également envisagée par le gouvernement québécois. L’achat local, sans sombrer dans le protectionnisme, doit être aussi encouragé énergiquement.
Plusieurs travaux d’infrastructure sont présentement en cours. Il faut faire plus. Québec doit investir massivement dans la modernisation du transport en commun ainsi que son prolongement. Tout miser sur l’industrie automobile est une stratégie désuète qui appartient au siècle précédent. Ce moyen de transport qui déstabilise le budget des ménages, coûte de plus en plus cher tout en contribuant largement au réchauffement climatique. De plus, l’automobile est une des causes du décrochage scolaire au secondaire car nos jeunes mettent les bouchées doubles pour en posséder une au plus vite, au détriment de leur réussite académique. Bref, elle est un véritable fléau qui ne mérite absolument pas les nombreuses réclames qui la glorifient, partout où elle peut s’afficher. Alors que les principales industries automobiles du continent agonisent et menacent grossièrement les gouvernements afin qu’ils subventionnent l’achat de leurs camelotes, le Québec, à l’abri de ce chantage éhonté, doit amorcer un virage majeur; celui du transport en commun et des entreprises de covoiturage. Les ménages ainsi libérés de ces dépenses qui sont de pures pertes, injecteront l’argent ailleurs.
Certains intervenants d’états américains, dont la Californie, débattent au sujet de la légalisation des drogues douces. Ils prétendent que celles-ci sont là pour rester et profitent au crime organisé. Des revenus importants échappent ainsi au trésor public qui en a bien besoin présentement, sans compter les sommes gigantesques qui servent en vain à en combattre le trafic. Certes, il y a un débat très rigoureux à faire sur ce sujet. Comme il y en a eu un qui a mené à la vente autorisée d’alcool au début du XXe siècle. Des pays ailleurs dans le monde sont parvenus à trouver des compromis intéressants. Et si le Québec s’inspirait d’eux et devenait ainsi la première nation d’Amérique du Nord à légiférer à cet égard?
Le Québec doit trouver d’autres sources de revenu pour éviter que sa dette totalise bientôt 50% de son PIB et usurpe ainsi une part importante des deniers publics pour son remboursement. Certaines gratuités devront sinon être remises en question. Certains financements aussi, dont celui des écoles privées, sinon celui de construction de méga-hôpitaux universitaires qui forment du personnel médical qui quitte ensuite le Québec, une fois le diplôme obtenu…
Est-ce qu’un Québec souverain se débrouillerait mieux financièrement pour affronter les cycles économiques difficiles qui reviennent périodiquement? Chose certaine, ce n’est pas en se mettant au service de Michael Ignatieff et du Canada qu’il sera extirpé prioritairement de cette tourmente économique. Lorsqu’on travaille pour le Canada, on le fait au détriment du Québec, comme l’épisode du déséquilibre fiscal des années 1990 l’a démontré. Qui a hâte de vivre le même cauchemar, quand Ottawa voudra, après la présente récession, assainir de nouveau ses finances? Il n’y a qu’une seule solution pour éviter que l’étranglement économique se prolonge. Et elle doit être proposée aux Québécois, dès la prochaine élection générale.
Patrice Boileau





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2 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    31 mars 2009

    Votre article me laisse sur ma faim. Il serait intéressant de préciser (et je dis bien préciser) éventuellement quelle serait cette SOLUTION et qui la présentera... un fin d'article qui demeure quelque peu énigmatique.
    GV

  • Michel Guay Répondre

    27 mars 2009

    Comme province colonie bilingue dans le Canada nous serons toujours affaiblis , dépossédés de ce qui est rentable , perdant et de plus en plus minoritaires .
    À moins que les Waps deviennent comme par miracle des Saints, des Forts, des Charitables, des Altruismes , tous Francisés et Souverainistes donc des Bons Gars et des bonnes Filles