Mobilisation et implication électorale

Élection Québec 2012


Le SPQ Libre salue la détermination, l’imagination et le courage politique des étudiantes et des étudiants du Québec, ainsi que de leurs organisations et de leurs leaders. Leur message clair et leur incroyable mobilisation a cristallisé les véritables enjeux du débat sur l’éducation.
Voulons-nous une éducation accessible à l’ensemble de la population – et plus particulièrement aux classes ouvrière et populaire – ou une éducation réservée à l’élite?
Voulons-nous des universités assujetties aux objectifs de rentabilité à court terme des entreprises ou des universités qui prennent en compte les besoins globaux de notre société?
Voulons-nous des universités dont la seule ambition est de s’inscrire dans le grand jeu compétitif de la mondialisation néolibérale ou des universités héritières des traditions de solidarité de la société québécoise?
Action politique et électorale
Le mouvement étudiant nous donne présentement une extraordinaire leçon de mobilisation et de stratégie politique. Après la manifestation de 200 000 personnes dans les rues de Montréal, il oriente son action sur le terrain électoral avec du porte à porte et la distribution de tracts dans dix circonscriptions où la majorité libérale pourrait facilement être renversée lors des prochaines élections.
De plus, des équipes de téléphonistes vont rejoindre les bâilleurs de fonds du Parti libéral pour les inciter à lui retirer leur appui.
Par ces actions, les organisations étudiantes franchissent un pas important. Elles vont au-delà du rôle de simple groupe de pression, dans lequel on cherche à enfermer toutes les organisations syndicales, étudiantes et populaires, et s’impliquent sur le terrain proprement politique et électoral.
On y reconnaît le modèle d’action des organisations syndicales américaines les plus actives et les plus progressistes. Dernièrement, dans plusieurs États américains, elles ont déployé d’immenses ressources sur le terrain politique pour obtenir le rappel de lois antisyndicales.
En Ohio, les syndicats ont été le fer de lance d’une campagne qui a vu 1,5 million de citoyens signer un registre pour la tenue d’un référendum d’initiative populaire et, au Wisconsin, ils ont recueilli plus d’un million de signatures pour la destitution du gouverneur Scott Walker, le tout conformément aux mécanismes démocratiques prévus par les constitutions de ces deux États.
Un pas supplémentaire
Un pas supplémentaire dans la bonne direction serait qu’un bon nombre d’étudiantes et d’étudiants prennent leur carte du Parti Québécois et y militent activement pour consolider sa position en faveur du gel des droits de scolarité.
Car des camps opposés s’y affrontent et le rapport de forces peut basculer dans un sens ou dans l’autre. À son arrivée à la tête du Parti Québécois, Mme Marois était favorable à un dégel des droits de scolarité. C’est l’action du Comité national des jeunes qui a réussi à imposer, lors du dernier congrès, une proposition qui stipule que le Parti Québécois : « rétablira le gel des droits de scolarité à la fin de la hausse 2007-2012 jusqu’à la tenue du sommet sur l’enseignement supérieur ».
Lors de ce Sommet, au lendemain d’une victoire péquiste, il y a fort à parier que les ténors de la droite au sein du parti vont revenir à la charge. Et la « gauche efficace » de Jean-François Lisée proposera sans doute, comme elle en a fait sa marque de commerce, un « compromis » boiteux sous la forme d’une modulation des droits de scolarité par faculté et l’étalement des paiements, de façon à ce qu'une plus grande partie soit payable lorsque l'étudiant se retrouvera sur le marché du travail.
Il est intéressant de noter que cette proposition de la soi-disant « gauche efficace » a été récemment mise de l’avant par Claude Castonguay de l’Institut CIRANO, un think tank de droite, et qu’il ne serait pas étonnant qu’elle revienne sur le tapis comme « solution de compromis » au cours des prochaines semaines.
Mais, au sein du Parti Québécois, d’autres forces, dont le SPQ Libre, s’opposeront à la droite. Soulignons au passage la défense de la « quasi-gratuité » de notre système d’éducation par Louis Bernard, ex-secrétaire du gouvernement du Québec et candidat à la chefferie du PQ en 2005, au nom de la solidarité sociale.
Selon Louis Bernard, « cet esprit de solidarité sera affaibli si se propage l'idée que le diplômé universitaire, ayant payé pour ses études, est moins redevable à ses concitoyens. L'intérêt personnel portera ombrage à l'intérêt général. Les privilégiés du système le seront encore davantage ».
Exit Charest, Beauchamp et Bachand sur les rangs
Mais ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Le Parti Québécois n’est pas encore au pouvoir et des rumeurs de plus en plus persistantes laissent croire que Jean Charest ne dirigera pas les troupes libérales lors du prochain scrutin.
De toute évidence, les ministres Beauchamp et Bachand sont sur les rangs pour le remplacer. Ils doivent donc, dès maintenant, être des cibles privilégiées.
Il faut réaliser que les forces fédéralistes mettront tout en œuvre pour empêcher l’accession du Parti Québécois au pouvoir. Leur quasi-défaite, lors du référendum de 1995, leur a servi de leçon. Pour rien au monde, elles ne veulent risquer un autre face à face. Le flou artistique de la gouvernance souverainiste n’y change rien.
Les fédéralistes ont encouragé la création de la CAQ du tandem Sirois-Legault dans l’espoir que ce nouveau parti marginalise le Parti Québécois et s’impose comme l’alternative au Parti Libéral. Ce rêve se dissipe. Désormais, la seule option des fédéralistes est de remplacer Jean Charest.
Lors des prochaines élections, l’enjeu ne se limitera pas aux droits de scolarité. Les droits syndicaux seront aussi la table. Tout comme l’ensemble du développement futur du Québec. Les syndicalistes et les progressistes devront être de la partie. Pour la mobilisation et l’action politique, ils ont aujourd’hui un modèle : le mouvement étudiant!
Photo : J. Nadeau


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