Soignés en anglais au Québec en 2022 : halte à la « mcgillisation » de notre santé publique

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Le monstre mcgillesque nous anglicise avec nos deniers publics

Il y a de quoi sacrer, tellement c’est révoltant.   


Dernièrement, le Journal nous a brossé un portrait outrageant de la situation du français dans plusieurs établissements publics de santé, surtout à Montréal. Les journalistes Duchaine et Archambault y exposent un aperçu saisissant du genre d’expériences vécues par un trop grand nombre de patients québécois qui, chaque jour, se voient privés de leur droit fondamental à des services de santé en français.  


On a également appris que plus de 40% des aspirants médecins s’étant soumis au test de l’OQLF en 2021, l’ont coulé... De toute façon, l’eussent-ils réussi, on sait bien que ce qui compte en cette matière, ce n’est pas le fait de connaître le français, mais la nécessité que le français s’impose comme langue normale de ces institutions. 


À l’évidence, le déclin du poids et du statut du français, loin d’être théorique, génère des effets on ne peut plus concrets, non seulement sur notre vie nationale, mais aussi sur notre vie, point. Ce n’est donc pas par caprice que l’on se bat pour la langue, ici au Québec... C’est un combat nécessaire – vital, littéralement. 


Comment en sommes-nous arrivés là? 


Si l’anglo-normativité gagne de plus en plus de terrain au Québec, jusque dans nos hôpitaux et nos CLSC, c’est d’abord parce que nous l’avons laissée s’y installer, tout simplement. Plus encore, c’est parce que nous y avons nous-mêmes concouru, et parce que nous l’avons financée – surfinancée – à même nos impôts, toujours au détriment du Québec français. Je dis « nous », mais en vérité, cette faute grave est d’abord l’œuvre de nos dirigeants qui, depuis trop longtemps, renoncent à prendre les moyens qui s’imposent pour aménager ici un environnement linguistique normal, où le français soit la langue commune incontestable de notre vie publique. 


À la fin des années 2000, j’ai fait mes premières armes au sein du mouvement national en m’impliquant dans la bataille contre la construction de ce qui est devenu le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). C’était aux côtés du regretté Denis Lazure, médecin et ancien ministre. Nous dénoncions alors le projet insensé qui consistait à ériger non pas un, mais deux méga hôpitaux universitaires à Montréal; l’un pour l’UdeM et les francos, le CHUM, et l’autre pour McGill et les anglos, le CUSM. Le tout, au prix de milliards et de milliards de dollars en fonds publics – autant d’argent qui, certes, aurait pu servir à la rénovation et à la création d’hôpitaux en régions, entre autres choses. 


Nous avions amplement documenté le poids anglicisant que ce nouveau pachyderme institutionnel allait faire peser sur notre système de santé, sur la recherche universitaire, sur le déclassement progressif de l’UdeM et, plus largement, sur la dynamique des langues au centre-ville de Montréal. Qui plus est, déjà à l’époque, nous soulevions des questions sérieuses quant au rôle d’Arthur T. Porter à la tête du CUSM, bien avant que n’éclatent les scandales que l’on connaît... 


Hélas, nous avons perdu ce combat. Tout comme nous avons perdu le combat pour que Québec n’accorde pas un statut bilingue aux nouveaux établissements créés par le CUSM. Tout comme nous avons perdu le combat pour que l’Hôpital Lachine, dernier hôpital unilingue français de l’Ouest de l’Île, ne devienne pas lui-même institutionnellement bilingue, du fait de son rattachement au CUSM... Or, c’est trop souvent après coup que les décideurs et les observateurs réalisent qu’il eût peut-être été plus sage d’écouter davantage les défenseurs de la langue...  


Par ailleurs, il y a quelques années, avec l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), nous avions démontré comment le gouvernement fédéral, via Patrimoine canadien, finance directement l’anglo-bilinguisation, cette fois, des services de santé dispensés dans nos établissements de langue françaiseen gréant McGill de millions de dollars chaque année pour offrir des formations à cette fin. Là encore, nos dirigeants ont fait la sourde oreille.  


Au diable la loi 101! 


Au fil du temps, le réseau de santé McGill est devenu tentaculaire; un véritable petit empire institutionnel, s’étendant jusqu’en Outaouais et jouissant d’une influence incommensurable. Et avec cet empire, vient un impérialisme linguistique, qui anglicise tout sur son passage. Ne se contentant pas de faire valoir les droits de la communauté québécoise d’expression anglaise, les établissements de santé mcgillois, que fréquentent en majorité des non-anglophones, s’arrogent dans les faits un droit d’angliciser la métropole, lequel finit par prévaloir sur le droit fondamental des Québécois de vivre et d’être soignés en français, comme on l’a vu. 


En outre, la langue de ces milieux de travail étant directement liée à la langue des études universitaires et collégiales, on ne saurait trop négliger, dans l’analyse de cet enjeu, la situation hégémonique des cégeps anglais à Montréal, de même que la sur-complétude institutionnelle de l’Université McGill – son surfinancement public, essentiellement – qui contribuent fortement à empirer la situation. À ce chapitre, le refus éhonté du gouvernement Legault d’agir sérieusement sur l’un ou l’autre de ces fronts, notamment d’appliquer la loi 101 au réseau collégial, n’augure rien de bon pour la suite du monde.  


Faute d’avoir un gouvernement apte à mettre ses culottes, et en l’occurrence à réviser le statut linguistique de plusieurs de nos établissements de santé, à remettre en cause le surfinancement public de McGill, et à appliquer la loi 101 au cégep, c’est nous, notre langue et nos droits les plus sacrés qui continuerons de nous faire déculotter. C’est-à-dire que l’état de santé du français continuera de s’aggraver... Alors, je pose la question à monsieur Legault : qu’entendez-vous faire, concrètement? 


Maxime Laporte, avocat et président du Mouvement Québec français (MQF)