Un autre "complot" de la gauche

Il faut aussi dire que l'opinion publique, on la travaille beaucoup pour qu'elle voit le privé comme le grand sauveur du système. Une illusion.

La Dépossession tranquille

Selon un é[minent éditorialiste de La Presse->32288], la gauche dominerait au Québec le "royaume" de l'"univers virtuel des idées", dont les médias, en y imposant un biais progressiste.
Quant à la droite, sa montée existerait "uniquement sur papier". Sa conclusion: "le Québec est un amputé de guerre - de la guerre politique - auquel il manque le bras droit".
L'image frappe. Dommage qu'elle soit aussi déconnectée de la réalité objective...
Le fait est qu'au Québec comme au Canada anglais, la plupart des médias grand public, bien sûr sous diverses variantes, penchent aussi souvent à gauche qu'il neige en été...
Tenez, prenons un sujet d'actualité parmi d'autres: le système de santé. Croyez-vous vraiment que le discours progressiste "domine" présentement dans ce débat? Eh que non!
Ce sont plutôt des éditorialistes, chroniqueurs, "think tanks" et rapports gouvernementaux aux idées néoconservatrices qui, du haut de leurs nombreuses tribunes, propagent le mythe selon lequel par la faute de la "gauche", il serait devenu impossible de remettre en question la "vache sacrée" du public en santé.
Rien n'est pourtant plus trompeur.
Une petite devinette
Commençons par une devinette. Quelle est la part des coûts totaux en santé au pays qui, hormis les impôts, est payée directement par des Canadiens et des Québécois, seuls ou avec une assurance privée ou collective au travail? Est-ce 0 %? 5 %? 8,5 %?
Eh bien, non. La réponse tourne plutôt autour des 30 %.
Et la part du privé dans les dépenses totales de santé au pays? Selon une étude comparative du Commonwealth Fund citée par le Globe and Mail, elle monterait à 40,6 %. (Les États-Unis suivent à 53,5 %.)
Pas si mal, pour un sujet que certains prétendent être un "tabou"!
En fait, le privé a grugé beaucoup de terrain depuis les années 1990. Eh oui, au moment même où on amputait les budgets de santé à la tronçonneuse. Certains gouvernements, dont les nôtres, ont alors accéléré l'ouverture de nouveaux marchés à la santé "privée".
Ce n'est pas un hasard si après son passage comme ministre de la Santé, Philippe Couillard s'est parachuté dans une méga-firme de soins de santé privés. Pas fou, le monsieur...
Résultat: la nature abhorrant le vide, mais aimant les cercles vicieux, la part du privé allait augmenter proportionnellement à la détérioration du système public provoquée par ces mêmes coupures. Méchant cadeau empoisonné à laisser aux prochaines générations.
Il faut aussi dire que l'opinion publique, on la travaille beaucoup pour qu'elle voit le privé comme le grand sauveur du système. Une illusion.
Pour ce faire, on lui répète ad nauseam que c'est la "gauche - présentée comme l'incarnation de l'immobilisme -, qui empêcherait un véritable débat! Or, le fait est que le privé occupe déjà une place majeure en santé. Au point où des éléments troublants d'iniquité se glissent de plus en plus dans le système.
Ce qu'ils veulent vraiment
Mais, voyez-vous, ce que veulent vraiment ceux qui vous cassent les oreilles avec cette domination imaginaire de la gauche dans l'espace public, c'est en fait PLUS de dépenses et de soins privés. Point.
Mais cela, ils ne vous le diront jamais.
À la lumière des faits, la VRAIE question est pourtant celle-ci: doit-on continuer d'affaiblir le système public? Ou doit-on le renforcer et mieux encadrer le privé de manière à le ramener à une part moins élevée, là où il serait moins apte à produire des effets d'iniquité et d'injustice?
Pensez-y deux fois avant de répondre...
Car il est là, le choix. Il se situe quelque part entre l'individualisme exacerbé et la "marchandisation" de la santé qui s'installent insidieusement en Occident et une certaine solidarité entre les personnes et les générations par le biais d'une fiscalité plus juste et mieux partagée.
Tant que ce choix n'aura pas été posé clairement, discuter de la manière de régler certains problèmes par ailleurs bien réels de notre système de santé - dont sa bureaucratisation à outrance - risque de continuer à se faire à coups d'"opinions" (1).
Pourtant, rien ne contribue mieux à bâtir une société saine que des systèmes de santé et d'éducation de qualité accessibles à tous indépendamment de la grosseur d'un porte-monnaie ou de l'ampleur d'une marge de crédit.
Qu'on se le rappelle la prochaine fois que quelqu'un pleurera des larmes de crocodile sur cette pauvre droite supposément bâillonnée par une gauche faussement omniprésente...
(1) Pour aller au-delà des "opinions", lire "Le privé dans la santé. Les discours et les faits" (Presses de l'Université de Montréal, 2008) - un recueil de textes éclairant et accessible signé par une brochette de professeurs et de chercheurs universitaires.


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