HAÏTI

Ottawa laisse en plan une promesse phare

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Cafouillage suspect

Ce devait être une composante majeure du plan d’aide du Canada en faveur de la reconstruction d’Haïti. Mais la mise sur pied d’une véritable Académie nationale de police ne verra pas le jour de sitôt : Ottawa vient de confirmer qu’il n’a plus ni plan ni échéancier pour ce projet qui devait être terminé fin 2014, et qui a coûté au moins 700 000 $ à ce jour.

Selon différentes informations colligées par Le Devoir, le projet d’Académie nationale de police de Ganthier est au point mort. « Il ne se passe absolument rien depuis trois ans, il n’y a pas de réunions, rien du tout », indique en entretien Ralph Lapointe, maire de Ganthier [située à l’est de Port-au-Prince, sur la route qui mène à la République dominicaine]. « Et j’ignore les raisons pour lesquelles le projet est arrêté. »

Il n’est pas le seul. En avril, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a tenté de savoir ce que le projet d’académie devenait, quatre ans après l’engagement formel du gouvernement Harper pour la construction de ce centre de formation censé « améliorer la sécurité publique et la formation des policiers d’Haïti ».

L’ex-ministre de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), Bev Oda, s’était déplacée à Port-au-Prince en avril 2010 pour annoncer cet investissement de 18,1 millions. Haïti était alors en plein chaos post-tremblement de terre.« Le Canada met tout en oeuvre pour répondre aux besoins criants des Haïtiens, en plus de participer à la reconstruction d’une nouvelle Haïti grâce à la construction d’une académie de police », avait indiqué M. Oda.

Or, les réponses fournies par Ottawa aux questions écrites du NPD indiquent qu’il n’y a aucun échéancier pour un nouvel appel d’offres (qui serait le quatrième en six ans). Elles rappellent aussi que « le gouvernement a mis en veille le développement de nouveaux projets en Haïti jusqu’à ce que la stratégie [canadienne d’aide] à long terme soit revue ».

En attendant, l’Académie nationale a commencé à former ses premiers étudiants dans des locaux temporaires. Joint mercredi par téléphone, un responsable parlait ainsi de « constructions provisoires faites de modulaires » et fonctionnant avec des génératrices à essence. Les installations sont érigées sur un bout de terrain « très restreint » de l’École nationale de police, près de Pétionville, en banlieue de la capitale.

« Nous n’avons aucune idée, aucun signe de vie, par rapport au projet de Ganthier », indique ce responsable. Pour le moment, l’académie fonctionne à volume réduit, ne pouvant offrir l’ensemble de la formation destinée aux cadres supérieurs — des commissaires et des inspecteurs qui travailleront sur le terrain.

Retards

Dans le cahier de réponses transmis au NPD, Ottawa explique que ce sont des « difficultés reliées aux processus contractuels qui ont surtout contribué au retard dans l’échéancier du projet ». Celui-ci a été approuvé en juin 2008. À l’époque, on évaluait qu’il serait complété en six ans.

Un premier appel d’offres a été lancé en décembre 2009, mais suspendu quelques semaines plus tard à cause du tremblement de terre. Un deuxième appel d’offres a été lancé en avril 2010 — dans la foulée de l’annonce de la ministre Oda. Mais en vain : aucun des deux soumissionnaires (SNC-Lavalin et Groupe SM) « n’était conforme aux exigences », indique Ottawa.

Un troisième appel d’offres a donc été lancé en octobre 2011, après qu’Ottawa eut « confirmé auprès du gouvernement haïtien que l’Académie de police était toujours une priorité ». La valeur du projet était désormais fixée à près de 35 millions (Ottawa avait réévalué les coûts en fonction des soumissions reçues plus tôt). Mais cet appel a lui aussi été annulé au courant de 2012, faute de soumissionnaires répondant aux exigences. On ne connaît pas les raisons de non-qualification.

Ottawa reconnaît qu’il est rare de lancer trois appels d’offres pour un projet. « Les contrats sont habituellement attribués après le premier appel », indiquent les documents. Ceux-ci montrent aussi que plus de 700 000 $ ont été investis dans les différentes étapes de préparation des appels d’offres et d’évaluation des soumissions.

Promesse brisée

Pour la députée néodémocrate Hélène Laverdière, le gouvernement conservateur fait preuve « d’un manque de transparence » dans ce dossier en ne disant pas franchement ce qu’il devient. « Ça fait six ans que ça dure. On annonce le projet deux fois en grande pompe, puis on ne fait rien. C’est une promesse brisée à l’égard d’Haïti, qui est quand même notre principal pays de concentration [plus grand bénéficiaire de l’aide du Canada] dans les Amériques. »

Des questions posées mercredi après-midi au bureau du ministre du Développement international, Christian Paradis, demeuraient en attente d’une réponse en fin de journée.


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